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Tolkien : « Aucun récit ne parle du sort d’Ungoliant. Certains disent que c’est là qu’elle termina ses jours il y a bien longtemps, quand sa faim inextinguible la poussa à se dévorer elle-même. »

Nicolas Bonnal et Tolkien sur

Tolkien et la menace démocratique occidentale

© Flickr/ Daniele Prati

14:58 18.11.2016URL courte

par Nicolas Bonnal


Hillary Clinton est démocrate. Que Tolkien n’ait pas été démocrate n’étonnera personne, même ceux qui s’efforcent de montrer que son œuvre ne signifie rien.

En réalité il semble même que son message paradoxal et invisible ait a priori annoncé le Brexit, la volonté hauturière de l’élite celtique et anglo-saxonne de fuir le monde moderne (y compris au bas niveau hippie), et ce d’autant que ce monde moderne se manifestait dans sa chère Angleterre et dans ses dominions, Amérique comprise. Le récent réveil des peuples anglophones (australien y compris) qui coïncide avec la parution de mon Salut par Tolkien (éditions Avatar) ne fait que démontrer cette volonté du grand auteur de fuir le monde des stations-service, des sit-in, des centres commerciaux, des favelas et des interviews. Il a défendu la Tradition, c’est tout. Mais il n’y est pas allé par quatre chemins, comme je l’ai démontré dans le chapitre XIV de mon livre où je cite en anglais sa correspondance (des fois qu’on m’accuserait encore de manipuler le message…).

On écoute le maître sur la démocratie:

« I am not a ‘democrat’ only because ‘humility’ and equality are spiritual principles corrupted by the attempt to mechanize and formalize them, with the result that we get not universal smallness and humility, but universal greatness and pride, till some Orc gets hold of a ring of power — and then we get and are getting slavery. »

La démocratie mène à la tyrannie (Platon). La démocratie mène à l’ochlocratie via le nazisme (Hans Gunther). La démocratie mène même à Donald Trump (ne riez pas!).

Sur Hitler, Tolkien ajoute d’un point de vue finement conservateur:

« Anyway, I have in this War a burning private grudge (a persistent feeling of resentment) —against that ruddy little ignoramus Adolf Hitler…Ruining, perverting, misapplying, and making for ever accursed, that noble northern spirit, a supreme contribution to Europe, which I have ever loved, and tried to present in its true light.Nowhere, incidentally, was it nobler than in England, nor more early sanctified and Christianized… »


La Russie libre face au retour du fascisme en Occident

Pour comprendre pourquoi Hitler a été encouragé, lisez, je le répète, Conjuring Hitler de Guido Giacomo Preparata. Tout (c’est-à-dire le nazisme) fut mis en place pour occasionner le choc germano-russe garant de la prépondérance impériale anglo-américaine.

La guerre met au monde le monde des machines. Ici Tolkien est proche de Bernanos et de sa France contre les robots:

« Well the first War of the Machines seems to be drawing to its final inconclusive chapter- leaving, alas, everyone the poorer, many bereaved or maimed and millions dead, and only one thing triumphant: the Machines. As the servants of the Machines are becoming a privi leged class, the Machines are going to be enormously more powerful. »

Sur le monde moderne comme monde apocalyptique et babélien:

« The news today about ‘Atomic bombs’ is so horrifying one is stunned. The utter folly of these lunatic physicists to consent to do such work for war-purposes: calmly plotting the destruction of the world! Such explosives in men’s hands, while their moral and intellectual status is declining… Well we’re in God’s hands. But He does not look kindly on Babel-builders. »

Sur la haine de l’aviation et des bombardements humanitaires — par les alliés « anglo-saxons » (qui sont aux anglo-saxons ce que les « républicains » sont aux Français):

« But it is the aeroplane of war that is the real villain. And nothing can really amend my grief that you, my best beloved, have any connexion with it. My sentiments are more or less those that Frodo would have had if he discovered some Hobbits learning to ride Nazgûl-birds, ‘for the liberation of the Shire’.»

On se consolera avec l’historienne anglo-russe Elizabeth Solopova qui évoque la bataille eschatologique, celle des champs catalauniques dans une interview:

« Thus, to give just one example, comparing Tolkien’s description of the battle of Pelennor Fields with Jordanes’s description of the battle of Catalaunian Plains, Tom Shippey wrote that in both battles ‘the civilisation of the West was preserved from the « Easterlings »‘. I discuss this and, more generally, the parallels between the two descriptions briefly in my book, but this certainly deserves a study in its own right. The view that the Huns and the Goths were a brutal, destructive force and a threat to Western civilisation, can be found in Roman historiography and very much in later art and historiography up to the early modern period.»

Écoutons Tolkien grogner contre le Commonwealth:

« For I love England (not Great Britain and certainly not the British Commonwealth (grr!)… »


De mai 68 et du vieil establishment anglo-saxon

Et sur l’impérialisme américano-britannique, Tolkien ajoute:

« Though in this case, as I know nothing about British or American imperialism in the Far East that does not fill me with regret and disgust,I am afraid I am not even supported by a glimmer of patriotism in this remaining war. I would not subscribe a penny to it, let alone a son, were I a free man. It can only benefit America or Russia: prob. the latter. »

Et enfin ma cerise sur le gâteau — mondialisation, féminisme et américanisation vus par Tolkien:

« The bigger things get the smaller and duller or flatter the globe gets. It is getting to be all one blasted little provincial suburb. When they have introduced American sanitation, morale-pep, feminism, and mass production throughout the Near East, Middle East, Far East, U.S.S.R., the Pampas, el Gran Chaco, the Danubian Basin, Equatorial Africa, Hither Further and Inner Mumboland, Gondhwanaland, Lhasa, and the villages of darkest Berkshire, how happy we shall be. »

Tout cela est nûment référencé dans mon ouvrage bellement préfacé par le philosophe-historien Philippe Grasset. Les lettres furent surtout adressées à Christopher, qui fut « ce disciple que Tolkien aimait ».


(1) Nicolas Bonnal — Le salut par Tolkien, Editions Avatar.
(2) The Letters of Tolkien — Humphrey Carpenter&Christopher Tolkien