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Henri de Man et la liquidation de l’homme actuel

Henri de Man et la liquidation de l’homme actuel

 

Les réactions au monde moderne sont venues d’abord des chrétiens et des rousseauistes (dixit Fukuyama qui a bien raison). Puis elles ont gagné les rangs des scientifiques, des historiens, des sociologues, avant finalement de ne plus intéresser personne. C’est entre 1920 et 1970 que les plus intéressantes réflexions ont été faites avec des noms comme Rostand, Ellul, Jünger, Duhamel, Onimus. J’ai un faible surtout pour Mumford et Huizinga, qui a bien souligné l’effarant déclin du sport à notre époque dans son classique Homo Ludens. Depuis, plus rien ou presque, ou l’expression marginale d’une pensée souvent trop verbeuse.

La réflexion sur les masses est souvent riche de promesses. Ortega voit poindre cet homme-masse qui ne demande qu’à s’assembler, qu’à s’agréger aux autres au supermarché, au stade ou ailleurs. Vassili Grossman voit dans la physique quantique l’expression du fascisme-stalinisme politique de la première moitié du siècle écoulé. Les critiques venues de gauche ou de droite se ressemblent beaucoup et ont valu à leurs auteurs bien des critiques. Aujourd’hui il est recommandé d’encenser le système.

J’ai redécouvert Henri de Man, un penseur belge qui publia en 1952 un excellent livre sur l’ère des masses. A l’époque de Disney Land, de Lady Gaga et du buteur Messi, il me paraît bon de relire cet ouvrage qui montre que comme toujours notre bon vieux monde moderne est un sacré truqueur : il fait croire qu’il évolue alors qu’il fait du surplace, recyclant et remixant les mêmes fadaises. Je revoyais hier De sang-froid du très bon Richard Brooks, adapté en 1967 de Truman Capote ; il montre qu’Hollywood recycle tout le temps ses classiques, avec en toile de fond l’assassin psychopathe, la police scientifique, l’espace gris et déshumanisé, et ne fait quasiment rien d’autre. Même les zombis finalement si à la mode datent des années 60… Henri de Man souligne comme d’autres avant lui, y compris américains d’ailleurs (Edgar Poe, Melville/Bartleby, Sinclair Lewis) l’américanisation de l’homme moderne.

 

C’est cependant dans ce pays qu’on voit le plus clairement comment, du point de vue technologique, la masse est le produit de la mécanisation ; du point de vue économique, celui de la standardisation ; du point de vue sociologique, celui de l’entassement et du point de vue politique, celui de la démocratie.

 

Il n’y a aucun cas cadeau à faire à la démocratie moderne, je dis bien aucun. C’est un régime plutôt plus méphitique qu’un autre, qui correspond bien à cette homogénéisation ou pour mieux dire pasteurisation de l’humanité moderne ; on a parlé, Bernanos surtout, de la robotisation de l’homme démocratique moderne. Evoquons plutôt la standardisation et l’entassement. Je repense aussi au chef d’œuvre de Welles, le procès, tourné en 1962 à Paris et en Croatie communiste et même titiste (les scènes des bureaux sont stupéfiantes). De Man écrit à ce sujet :

 

De nombreux employés de bureau n’ont jamais pénétré dans une salle des machines ni vu une machine-outil, mais leur vie n’en est pas moins mécanisée à l’extrême. Plutôt que le travailleur de l’industrie, l’employé peut même être considéré comme le prototype de l’homme de masse moderne.

 

On attend toujours de voir un robot transformé en être humain. De Man voit lui qu’il est plus facile de transformer l’être humain en machine, et il écrit d’ailleurs à l’époque du très grand et pessimiste penseur et ingénieur américain Lewis Mumford (celui qui voyait l’espace de la terre se recouvrir de détritus urbains, et de rien d’autre) :

 

C’est la machine sociale tout entière qui, telle un rouleau compresseur géant, écrase et uniformise son mode de vie personnel et le standardise lui-même comme s’il était le produit d’une énorme machine invisible. On ne peut même pas dire qu’il faut aller dans les usines pour voir des robots : il suffit de Se représenter un instant le cadre dans lequel se déroule la vie du citadin moderne pour conclure que nous sommes tous des robots à un titre quelconque.

 

De Man voit aussi l’homogénéisation frapper les esprits grâce aux médias de masse et à l’adoration du sport ou du people. Il parle de sa vision de pavillons de banlieue et leur audition, à ces habitants qu’il croyait bien logés, d’une seule émission :

 

Tous les habitants de ces maisons particulières écoutaient en même temps la même retransmission. Je fus pris de cette angoisse … Aujourd’hui ce sont les informations qui jouent ce rôle par la manière dont elles sont choisies et présentées, par la répétition constante des mêmes formules et surtout par la force suggestive concentrée dans les titres et les manchettes.

 

Le mot de suggestion est utilisé à la même époque par Julius Evola dans l’Homme au milieu des ruines. Le monde moderne et sa puissance suggestive… Sega c’est plus fort que toi.

De Man souligne l’entropie intellectuelle généralisée liée à la recherche bien sûr du plus petit dénominateur commun :

 

Les pauvres essaient comme par le passé d’imiter les riches ; mais, étant donné que les riches eux-mêmes deviennent sans cesse plus vulgaires, ce résultat final ne s’en ramène pas moins à un progrès généralisé de la vulgarité… Le défaut de contact personnel entre les entreprises industrielles et une masse de consommateurs anonymes accroît encore la tendance à viser plutôt trop bas que trop haut en cherchant à aller, par principe, aussi loin que possible dans le sens supposé du goût de la couche inférieure.

 

Un peu à la manière de Céline dans son Voyage, De Man plonge dans une vision vertigineuse de la nullité de la vie moderne :

 

L’expression sociologique de cette vérité est le sentiment de nullité qui s’empare de l’homme d’aujourd’hui lorsqu’il comprend quelle est sa solitude, son abandon, son impuissance en présence des forces anonymes qui poussent l’énorme machine sociale vers un but inconnu. Déracinés, déshumanisés, dispersés, les hommes de notre époque se trouvent, comme la terre dans l’univers copernicien, arrachés à leur axe et, de ce fait, privés de leur équilibre.

 

 

Henri de Man, l’ère des masses. Traduit par M. Delmas.

http://www.uqac.ca/Classiques_des_sciences_sociales/

 

 

Un texte de Bernard Plouvier sur Walter Lippmann

                              Y aurait-il une éthique de l’information ? par Bernard Plouvier

Dans son livre de 1922 : Public opinion, devenu la référence d’une foule d’éditorialistes et de directeurs de rédaction, le célèbre journaliste Walter Lippmann soutenait que l’opinion publique est bien davantage façonnée par les émotions que par le raisonnement – Gustave Le Bon l’avait écrit un quart de siècle plus tôt !

De ce livre, on ne retient généralement que le concept de « manufacture of consent », si l’on préfère le formatage en douceur des opinions publiques de tous pays par les media (presse écrite, radio, cinéma, publicité), soit la variante libérale de la propagande politico-sociale des États totalitaires – à l’époque : l’URSS, le kémalisme et le fascisme naissants, l’islam n’étant pas encore sorti de sa torpeur médiévale et le nazisme n’existant qu’à l’état embryonnaire.

En pratique, selon Lippmann, si les journalistes doivent informer discrètement les ministres et chefs d’État (et nombreux seront les reporters internationaux à servir de sources à Franklin Delano Roosevelt, de 1933 à 1945) de ce qu’ils ont perçu en pays hostile ou concurrent, le vulgum pecus n’a droit qu’aux informations générales, aux potins et aux scandales, agrémentées de schémas-types de pensée, pour orienter sa réaction aux événements.

En résumé, l’on filtre parmi la foule d’informations, ce qu’il est bon que les électeurs sachent, sans encombrer leur petit esprit de précisions qu’ils n’ont pas à connaître, singulièrement les soubassements économiques de décisions politiques.

Lippmann parlait de « barrière entre le public et l’information ». Il avait mal choisi son terme : il s’agissait bien plus de tamiser, de cribler, de filtrer, en un mot de désinformer par défaut. Encore faut-il créditer Lippmann, le cynique, d’une forte dose d’honnêteté : il précisait qu’un journaliste ne doit publier que des informations réelles et vérifiées… d’autres n’auront pas cette éthique.

Comme l’a précisé le Britannique Richard Tawney (in Equality de 1931), l’exemple des USA et de sa presse n’est probablement pas adapté à la vieille Europe des années trente. Aux USA règne alors « une inégalité économique considérable, mais aussi une égalité sociale considérable »… seul le nazisme créera une société égalitaire entre membres du Volk germanique, mais cette notion n’est pas perçue hors du Reich, pas plus qu’elle ne l’est de nos jours par nombre d’historiens.

En France, durant ce nouvel avant-guerre, l’inégalité sociale est aussi profonde que l’inégalité des jouissances matérielles. De ce fait, l’information y est pure affaire de bourrage de crânes : presse pacifiste et presse belliciste vont s’opposer vigoureusement, surtout à compter de 1936. Sans la moindre vergogne, journalistes français (et britanniques) n’hésiteront pas à multiplier les bobards, tandis que la presse du IIIe Reich ne ment généralement que par omission, les mensonges intentionnels y étant rares ; c’est, d’ailleurs, ce qui frappe le plus l’historien qui rejette tout apriori.

Par ailleurs, Lippmann, journaliste parfois aventureux dans ses avis et pronostics de politique étrangère, est un partisan convaincu de la régulation de la production économique par les prix du marché et par la publicité, là-encore avec une dose certaine de cynisme : il ne lui paraît pas nécessaire, pour lancer un produit ou un concept, de chercher l’utilité maximale pour la société, mais il est indispensable de produire toujours plus et à meilleur coût, pour obtenir le plein emploi et accroître la richesse nationale.

Il organise en août 1938, au Musée Social de Paris, un Colloque, où une trentaine d’économistes et d’universitaires débattent du néo-libéralisme, en un moment où l’économie allemande écrase par ses succès à l’exportation les économies des grandes démocraties, les USA ont replongé dans la dépression économique au second semestre de 1937. On y parle de barrières douanières et de libre-échange, d’union monétaire et d’étalon de référence (presque tout le monde vient d’abandonner l’étalon-or), de réglementation de l’économie par les États.

Au Colloque Lippmann, s’affrontent Jacques Rueff et Ludwig Mises (qui a quitté, en 1934, l’Autriche ruinée pour la Suisse), tous deux partisans de l’étalon-or, mais le premier tolère une certaine planification étatique, repoussée avec horreur par le second, alors partisan du libéralisme intégral, acceptant tout au plus un encadrement du crédit pour limiter les risques d’inflation grave. Tous deux triompheront, après 1945, mais de façon transitoire (Rueff sous la Ve République gaulliste ; Mises aux USA).

Tout cela n’est-il que pure érudition historique ? Pas vraiment !

Semble toujours d’actualité, même de façon brûlante, la notion de désinformation du public, liée à une surinformation de détails croustillants, mais dépourvus de réelle importance (comme les tenues de telle femme de président), masquant une véritable sous-information quant aux véritables maîtres du jeu politico-social et au cynisme absolu de leurs choix.

La théorie de Lippmann triomphe en permanence et de façon antidémocratique, si l’on admet que le droit à l’information est l’un des critères des régimes démocratiques (avec l’isonomia, la méritocratie et la liberté d’expression… toutes notions assez mal en point dans les sociétés occidentales actuelles).

Quant à la finalité du fonctionnement de l’économie, à l’intérêt d’un minimum de régulation des marchés par d’honnêtes membres du pouvoir exécutif, à l’établissement d’étalons monétaires fiables (à moins que l’on ne se décide à en revenir au clearing, pour commercer avec les pays à l’économie émergente, donc dénués de devises fortes), tout cela est encore et toujours d’actualité.

Depuis le XVIIIe siècle, l’on n’en finit pas d’opposer le « laissez faire, laissez aller » à la régulation des économies nationales par le pouvoir exécutif. L’expérience globalo-mondialiste, en cours depuis les années 1980, a ruiné nombre de Nations occidentales. Il serait peut-être temps de réfléchir à d’autres voies et d’éduquer le public, manifestement moins sot que ne le croyait Lippmann, avec sa morgue de surdoué.

 

 

Nicolas Bonnal et Israel Shamir sur eurolibertes.com

On connaît l’usage intempestif que fait de l’affaire Dreyfus la maréchaussée médiatique et francophobe ?

Israël Shamir, écrivain juif anti-sioniste, de grande culture, et de subtilité unique, cite un historien anglais et culotté nommé Piers Read : « Si l’on s’en tient à l’ouvrage de Read, c’est parce que son cas a été utilisé pour attaquer l’Église catholique. L’Église n’était pas impliquée directement, mais la victoire des dreyfusards donna lieu de fait à une profonde défaite pour les catholiques. Un innocent a peut-être bien été sauvé, mais la France chrétienne a naufragé, dans l’histoire. C’est la France de Henry James qui a disparu, enterrée, pour faire place à un nouvel ordre, où les médias ont pris la place de l’Église pour guider les masses, et où les classes argentées ont remplacé la noblesse. C’est une défaite charnière de l’Église dans ce que René Guénon a décrit comme le Kali Yuga (Guénon, le traditionaliste, avait dix ans en 1894, lorsque Dreyfus fut arrêté). »

L’Affaire comme règne de la quantité et signe des temps ? Citons Ovide (que Guénon aime beaucoup) et sa première métamorphose : « Dans ce siècle formé d’un métal pire que toutes divinités, tous les crimes envahirent la terre : on vit s’enfuir la pudeur, la vérité, la bonne foi (Omne nefas fugere pudor, verumque fidesque) souillée de sang, et régner à leur place, la fraude, la ruse, la trahison et la violence, et la coupable soif des richesses (et amor sceleratus habendi). »

Du vrai monde moderne déjà…

La célèbre couverture du "Petit Journal" consacré à Dreyfuss.

Shamir poursuit : « Dreyfus a été un précurseur de la longue kyrielle des martyrs des droits de l’homme, telle que la produisent les médias, cette liste interminable de refuzniks, dissidents, espions arrêtés à tort et tutti quanti… Dreyfus avait eu le soutien de l’Angleterre (les USA de l’époque) et cela consolida la position des éléments pro-britanniques dans l’establishment français. »

L’affaire Dreyfus selon Shamir et Read, c’est la déchristianisation de la France, un siècle avant le catho zombie, son clergé de pleutres et le pape à Soros (le cercueil, en grec ancien).

« C’est le point de vue de Read. Il offre une présentation détaillée et honnête de l’Affaire, mais son sujet central est plutôt celui du destin du catholicisme en France. Il se pose la question de ce qui est advenu de l’Église et de ses ouailles, pendant ces années décisives, et c’est en ce sens-là que son livre est très important pour le lecteur contemporain. »

Shamir reprend l’historien ; Read écrit : « En 1879 un gouvernement dont six sur dix membres étaient protestants […] fit voter des lois qui interdisaient au clergé catholique d’enseigner, tant dans des écoles privées que dans le public, alors que les enfants juifs et protestants continuaient à recevoir une instruction confessionnelle… Les couches supérieures de la vieille bourgeoisie furent exclues du pouvoir, les uns en tant que catholiques, d’autres en tant que royalistes, ou pour les deux motifs à la fois. Le vide qu’ils laissaient fut rempli par les protestants et les juifs. Un préfet juif pouvait observer la pâque juive en toute impunité, mais un préfet ouvertement dévot pendant la Semaine sainte devait se retrouver violemment attaqué : communier à Pâques, sous la IIIe République était un geste revendicatif, voire osé ; les fonctionnaires qui le faisaient savaient qu’ils avaient peu de chances d’obtenir une promotion. »

Si une petite partie de l’opinion est judéophobe, la société n’est certainement pas antisémite. Shamir ajoute : « Personnellement, j’ai été très surpris de découvrir qu’au début de l’Affaire Dreyfus, les Juifs n’étaient pas persécutés ; ce sont les catholiques qui étaient brimés tandis que les Juifs frétillaient déjà joyeusement. La situation des catholiques ne fit qu’empirer avec la fin de l’Affaire. L’Église avait perdu la main, et malgré la profonde religiosité qui existait encore en province, les électeurs choisissaient toujours un gouvernement antireligieux. Read considère que si les femmes avaient eu le droit de vote (ce qu’elles n’avaient pas) le résultat aurait été différent. »

Après commence la vague de déchristianisation violente, mondiale, la révolution orange-rouge sang qui dévaste la chrétienté du Mexique à la Russie en passant par Paris ou la Turquie : « Read décrit la défaite de l’Église dans tous ses détails. Après les élections de 1903, c’est un gouvernement encore plus radicalement anticatholique qui fut démocratiquement élu, et il chassa les prêtres des écoles et les religieuses des hôpitaux. Celles-ci travaillaient pour rien ; il fallait payer celles qui les remplaçaient, mais la haine de l’Église fut plus forte que l’avarice.

Les églises furent pillées, les monastères assiégés et leurs propriétés confisquées. C’est une histoire bien triste, que nous devrions faire connaître pour comprendre le XXe siècle et l’oppression des croyants qui le caractérisa virtuellement partout, depuis la Russie jusqu’à la France, et de la Turquie jusqu’au Mexique, cet avènement mondial du Kali Yuga. »

Shamir insiste avec Paul Read sur l’éternel rôle subversif de l’Angleterre (qui fabriqua la légende noire – leyenda negra, qui traumatise toujours l’Espagne – des pays ibériques pour leur chiper leurs colonies) : « Read, le catholique, constitue une excellente référence pour comprendre la dimension géopolitique de l’Affaire. Il souligne que l’Angleterre, la grande puissance protestante, était traditionnellement anticatholique, et c’est pourquoi elle se rangea du côté des juifs français, qui étaient certainement hostiles à l’Église. L’Angleterre était aussi puissante et influente à l’époque que les USA de nos jours. Elle préconisait, comme les USA aujourd’hui, le Kali Yuga pour le monde entier. »

La couronne british, qui, en ricanant, laissa mourir de faim trois millions d’Irlandais et parqua les enfants boers dans des camps de concentration avant de brûler un million de civils allemands sous les bombes, « en fit des tonnes avec l’Affaire Dreyfus, exactement comme le font les USA de nos jours, et mobilisa la “communauté internationale” contre la France désobéissante. »

Alfred Dreyfus déclaré coupable pour ses origines ? Shamir : « Après avoir conclu que la lettre ne pouvait avoir été écrite que par un très petit groupe d’officiers probablement en relation avec l’état-major, le service secret français fit faire une analyse graphologique et conclut que la seule personne dont l’écriture correspondait était un capitaine d’artillerie d’origine juive alsacienne, riche, de bonne famille et arrogant, qui effectuait une mission temporaire à l’état-major. Le graphologue était arrivé à cette conclusion sans savoir à qui appartenait l’échantillon qu’on lui demandait d’examiner, sans savoir non plus que la personne était juive. »

Shamir cite aussi Albert Lindemann (lisez Esau’s tears) : « Albert Lindemann, expert éminent en matière d’antisémitisme, conclut de son côté : “Aucune preuve n’est apparue d’un complot antisémite contre Dreyfus, qui aurait été ourdi par des officiers du renseignement, et certainement aucune tentative préméditée pour faire condamner quelqu’un dont ils auraient su depuis le début qu’il était innocent”. »

On est content de l’apprendre. Le commandant Henry ne tapait pas le carton avec le déporteur Bousquet comme Mitterrand. Mais les éléments techniques favorisaient l’inculpation de Dreyfus : « Parmi les experts qui confrontèrent les écritures, se trouvait Alphonse Bertillon, père de la criminalistique moderne. Il confirma que Dreyfus était le coupable le plus probable. »

Et Shamir rappelle qu’on ne sait qui il faut plus plaindre, du Dreyfus de l’époque ou du gars de Guantanamo : « De nos jours, l’accusé doit déjà se sentir heureux s’il a droit à un procès : il y a des gens en Israël, aux USA et ailleurs, qui passent des années en prison, soupçonnés d’atteintes à la sécurité de l’État, mais sans qu’aucune preuve recevable soit présentée à la cour. Dans le monde de l’espionnage et du contre-espionnage, les preuves vraiment solides sont rarement étalées ; tout se fait sur la base des soupçons. Et s’il faut aller devant les tribunaux, les preuves peuvent être falsifiées, le mensonge est courant. »

Les accusateurs de Dreyfus n’étaient ni meilleurs ni pires que nos flics contemporains et autres sbires. Les défenseurs de Dreyfus aussi ont fait autant de falsifications qu’ils l’ont pu, nous dit Lindemann.

Shamir se fait fort de rappeler que la presse mainstream tonne déjà d’une voix en cette haute époque oligarchique : « L’écrivain Chesterton faisait partie de ceux qui croyaient dur comme fer à l’innocence de Dreyfus, mais il fut outré, non pas tant par les faits, mais par la scandaleuse position dreyfusarde de la presse britannique. Tandis qu’“il y a peut-être une épaisse couche d’injustice qui pèse sur les tribunaux français, je sais qu’il y en avait une autre sur les journaux anglais”. »

L’affaire Dreyfus agita, divisa et affaiblit l’opinion française durant des années. Dans le monde moderne on agite pour asservir. La France en sortit déshonorée ; or, elle a pris goût à ce déshonneur, avait rappelé Alain Finkielkraut.

On ne comprend pas en tout cas pourquoi le président Macron ne sait pas situer la Guyane et son île du diable !

Bibliographie

Israël Shamir, La double affaire Dreyfus (israelshamir.net)

Piers Paul Read, The Dreyfus Affair, 2010

Nicolas Bonnal, Littérature et conspiration (Amazon.fr)

Albert Lindemann, Esau’s tears (Amazon.co.uk)

Benjamin Ginsberg, The fatal embrace

Ovide, Métamorphoses, I, v.128-131

Les séditions Grasset évoquent Mad Marx à Porto Rico ! Pauvre hyper-impuissance…

Qui se souvient de l’ouragan Maria frappant Porto-Rico, territoire semi-américaniste sous statut extrêmement spécial ? Les premières indications un peu substantivées montraient une situation extrêmement délicate, dangereuse, et une réaction guère empressée des autorités fédérales. La maire de Porto-Rico parla d’une attitude génocidaire” de la part des autorités fédérales. Ces premières réactions furent aussitôt suivies d’un déluge de protestation, y compris du président Trump, dénonçant une narrative gauchiste, marxiste, etc. L’affaire était politisée, et certainement pas de la meilleure façon du monde, transposant le conflit interne de “D.C.-la-folle” dans l’évaluation de la situation de Porto-Rico.

Les divers centres progressistes-sociétaux bien connus, portant habituellement au plus haut et avec de grands cris de protestation les clameurs des vertus progressistes du Système, notamment les élites démocrates qui se montrent si zélées face à Trump et en faveur de leurs électorats multiethniques, ceux-là ne bougèrent pas vraiment pour Porto-Rico. Seules des personnalités et organisations de couleur réagirent selon leurs slogans habituels, par réflexe ethnique un peu automatisée, puis elles passèrent à autre chose…

Tout cela, on s’en doute, parce que Porto-Rico a une importance électorale et politique dérisoire, donc une importance de communication négligeable ; petite île perdu dans le Golfe des Caraïbes, hors des préoccupations et des pistes habituelles où s’exercent les affrontements de communication autour des grands thèmes postmodernes. On n’insista pas trop pour comptabiliser le bilan que les officiels avaient fixé dès les deux premiers jours à 15-19 morts tandis que les voix officieuses parlaient de centaines de morts et d’une dévastation extraordinaire devant plonger l’île dans un désordre durable pour plusieurs mois. L’affaire fut peu à peu oubliée, c’est-à-dire très vite oubliée selon le standard postmoderne ; l’époque avait zappé.

Aujourd’hui, on peut mieux apprécier la vérité-de-situation de Porto-Rico, qui est catastrophique, “post-apocalyptique”, une situation de “type Mad-Max” disent les membres, essentiellement sanitaires, des équipes de volontaires arrivées sur l’île. Cela signifie que la version des autorités locales et de divers témoignages recueillis par quelques rares relais de communication, allant dans le sens d’une situation catastrophique, seraient la plus exacte, et justifiées les accusations contre l’absence de secours et d’intérêt.

L’écrivain O’Henry et le vampirisme visuel (ou gloutonnerie en news) de notre espèce dite humaine…

Nous sommes connectés neuf heures par jour aux médias.

L’écrivain O’Henry et le vampirisme visuel vers 1900

On parle de Weinstein, de pornographie…

Comme je l’ai souvent dit, l’humanité est abrutie depuis longtemps sinon depuis toujours par les news, les medias, les rumeurs. C’est chez Platon, Théophraste et dans l’Evangile. Les Athéniens s’ennuient et veulent des news : « …tous les Athéniens et les étrangers séjournant à Athènes, ne passaient leur temps à autre chose qu’à dire ou à ouïr quelque nouvelle.»

Tatiana me recommande un grand écrivain oublié, O’Henry (William Sydney Porter (1862 -1910, surnommé le Maupassant américain), et sa nouvelle « Une comédie en caoutchouc ». Notre érudit de la rue évoque Cerbère, Argus, deux monstres mythologiques propres à décrire CNN, LCI et toute cette sanie médiatique  déchaînée, hideuse, mais sous contrôle.

Or les gens ne sont pas victimes du « nouvel ordre mondial », ils sont consommateurs, ce sont des chiens avides (puisqu’on évoque Cerbère) et contents de leur sort ! O’Henry poétiquement parle de dévots de la curiosité, de gloutons optiques et de vampires oculaires !

J’ai cité plusieurs fois Thoreau qui menait une guerre rageuse contre la manie de s’informer de » ce qui fait du bruit pendant quelques heures » (Voltaire). Il écrit dans Walden :

« Pour le philosophe, toute nouvelle, comme on l’appelle, est commérage, et ceux qui l’éditent aussi bien que ceux qui la lisent ne sont autres que commères attablées à leur thé. Toutefois sont-ils en nombre, qui se montrent avides de ces commérages. »

Thoreau se moque ensuite de son intoxiqué de nouvelles (j’en ai connus qui arrivent chez vous et qui mettent la télé pour se tenir au courant de ce qui se passe) :

« En s’éveillant il dresse la tête et demande : “ Quelles nouvelles ?” Comme si le reste de l’humanité s’était tenu en faction près de lui. Il en est qui donnent l’ordre de les réveiller toutes les demi-heures, certes sans autre but. Après une nuit de sommeil les nouvelles sont aussi indispensables que le premier déjeuner. »

 

O’Henry maintenant :
“One may hope, in spite of the metaphorists, to avoid the breath of the deadly upas tree; one may, by great good fortune, succeed in blacking the eye of the basilisk; one might even dodge the attentions of Cerberus and Argus, but no man, alive or dead, can escape the gaze of the Rubberer.

New York is the Caoutchouc City. There are many, of course, who go their ways, making money, without turning to the right or the left, but there is a tribe abroad wonderfully composed, like the Martians, solely of eyes and means of locomotion.

These devotees of curiosity swarm, like flies, in a moment in a struggling, breathless circle about the scene of an unusual occurrence. If a workman opens a manhole, if a street car runs over a man from North Tarrytown, if a little boy drops an egg on his way home from the grocery, if a casual house or two drops into the subway, if a lady loses a nickel through a hole in the lisle thread, if the police drag a telephone and a racing chart forth from an Ibsen Society reading-room, if Senator Depew or Mr. Chuck Connors walks out to take the air—if any of these incidents or accidents takes place, you will see the mad, irresistible rush of the « rubber » tribe to the spot.”

Le caoutchouc évoque ici la forme de l’attroupement des beaufs et des curieux.

 

Notre cher O’Henry (victime aussi de la malhonnêteté des banquiers puis de l’alcoolisme) remarque qu’on aime surtout les incidents et les malheurs, les faits divers comme on dit.

Cette malédiction humaine est naturelle :

The importance of the event does not count. They gaze with equal interest and absorption at a chorus girl or at a man painting a liver pill sign. They will form as deep a cordon around a man with a club-foot as they will around a balked automobile. They have the furor rubberendi.”

 

Vient la belle appellation :

They are optical gluttons, feasting and fattening on the misfortunes of their fellow beings. They gloat and pore and glare and squint and stare with their fishy eyes like goggle-eyed perch at the book baited with calamity.”

Les beaufs dans les rues ou devant leur actu en bandeau se rassemblent comme les poissons et les canards affamés. Je me souviens aussi (apocalypse touristique) de dix mille photographes de coucher de soleil à Santorin dans le bled untel !

Et à propos des vampires oculaires :

“It would seem that Cupid would find these ocular vampires too cold game for his calorific shafts, but have we not yet to discover an immune even among the Protozoa? Yes, beautiful Romance descended upon two of this tribe, and love came into their hearts as they crowded about the prostrate form of a man who had been run over by a brewery wagon.”

 

 

 

 

 

Sources bibliographiques

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (Amazon.fr, Dualpha)

Actes, 17, 21

Candide – chapitre trente

O’Henry – The voice in the city (Gutenberg.org)

Thoreau – Walden (ebooksgratuits.com)

 

La présidence Zuckerberg la victoire de la matrice…

 

 

La présidence Zuckerberg la victoire de la matrice…

 

Le cornet de glace coûte plus que la glace. C’est pourquoi AOL racheta Time-Warner. Facebook qui vend un format pour présenter ses fesses va devenir de la même manière maître du monde. Voilà où nous en sommes. Orwell peut ronfler et Big Brother écarquiller les yeux.

Dans son excellent blog sur le « collapse » américain, Michael Snyder souligne les désastres urbains de Chicago et Baltimore ; il décrit une explosion de la violence, une décrépitude des infrastructures, un état de faillite, bref une crise digne du film de Lynch Eraserhead, qui métaphoriquement montrait l’écroulement de Philadelphie sous la désastreuse administration Johnson, et la monstruosité transhumaine qui en découlait par nécessité.

L’écroulement américain j’en ai déjà parlé. Il est physique et non virtuel bien sûr. Car la matrice triomphe, et le capital US avec. On arrive à cet épisode d’Astérix où le lion obèse a bouffé tout le monde dans l’arène. La finance et le crédit (il a remplacé le credo, disait Marx) ont phagocyté le pays, et les villes en crise se vident les unes après les autres. Il y a celles qui se vident à cause de la crise, du déclin, de la désindustrialisation, et celles qui se vident à cause de leur luxe et de leur prix extravagant (j’en ai parlé à propos de New York, qui a perdu un million d’habitants, chassés comme partout par les prix exorbités et les innombrables touristes, ces nouveau huns). Le délire des prix devient tel que l’on peut même parler d’une prolétarisation des milliardaires. Pour huit millions de dollars à Manhattan, t’as plus rien. Nous lisions dans un journal people espagnol que notre Bruce Willis préféré (celui des films RED et RED 2) ne pouvait plus trop à se loger à ce tarif à New York. Une famille ne tient pas dans un appartement à huit millions de dollars. CQFD.

Beaucoup cherchent refuge hors des villes, ceux qui en ont au moins les moyens. Lisez Kunstler ou Jared Diamond. Ce dernier rappelle dans un beau livre que les pauvres Moriari furent dévorés et réduits à l’état de troupeau de viande comestible par les maoris dans l’archipel Chatham vers 1834. Tout ceci pour faire rêver les partisans de la survie à dure. Moi je viens de décrire la survie en Patagonie, car la France de l’autre oligarque ne me rassure guère non plus, même si je n’y vis pas. Snyder parle d’une hausse de 60% du nombre de tués à Chicago, et cette beauté ne cesse d’augmenter.

On est dans l’autre côté (Kubin) : il y a les condominiums de luxe, la vie en jet, les villes hors du temps et de l’espace, sortis d’un cauchemar brésilien, d’un fantasme romain. Pensez à ces villes chinoises où on ne voit plus la lumière. Le créateur du cyberspace William Gibson avait parlé d’une dystopie pour son beau pays – et c’était dans les années 90… Rappelons que l’on projette de construire un Zombi Park à Détroit, deux générations après le film prophétique de Romero. Les zombis de Romero survivent à la leur manière dans le Mall, le monstrueux centre commercial américain, et ils reviennent bien sûr à la mode dans notre culture pop et suburbaine comme on dit. Vive les feuilletons télé, vive les Walking Dead et le reste !

 

Mais tout cela n’est plus très important, et les médias s’en foutent. Ce qui est important c’est la prochaine élection people qui remplacera le honni président people de la droite dure américaine. Et Snyder nous a donné à la liste : la Michelle Obama, The Rock (balèze footballeur-acteur qui palpe soixante millions par an, soit moins que Ronaldo) et même Zuckerberg. Snyder est triste et se demande pourquoi il faut être riche et célèbre pour devenir président ; pas très conséquent, comme tous les antisystèmes, il demande le lendemain aux individus pro-Trump (s’il en reste) de se manifester et de l’aider…

Et Trump, il n’était pas riche et pas célèbre, et il ne sortait pas comme un beau diable ou un épouvantail à moineaux de tel programme télé, peut-être ? Comme disait Woody Allen (en espagnol), c’est un très bon teatrero. On traduit ?

 

Quant à Zuckerberg, il se fout des nations, il aime la communauté. Ce terme fourre-tout ou fourre-rien se ramène aujourd’hui à toute l’humanité entière comme on dit. Une humanité connectée et aveuglée par son casque cyber au milieu duquel Zuckerberg navigue à l’œil nu, aussi laide que ce pape. C’est un troupeau dont n’aurait même pas pu rêver Maurice Joly. Citons le phénoménal (au sens grec) La Boétie sur ce sujet :

« Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude. Il est vrai qu’au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent après servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. »

 

Et sur la connexion et cet emprisonnement par les yeux, par le regard, La Boétie écrivait – à dix-neuf ans – ces lignes extraordinaires :

 

« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps, et n’a autre chose que ce qu’a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l’avantage que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il, s’ils ne sont des vôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s’il n’avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traîtres à vous-mêmes ? »

J’avais parlé du 666 et du nombre six dans mon livre sur Internet, nouvelle voie initiatique, récemment réédité. La Boétie aussi voulait le loup venir par ce nombre étonnant, celui du prisonnier McGoohan :

 

« Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pilleries. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevé en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine. »

 

Le programme de Zuckerberg ? Ne demandez pas le programme, il n’y a plus de programme, on est en mode postmoderne. C’est la bande de Gaza (indignez-vous !) masquée par le bandeau info.

On a d’un côté une réalité horrible faite de dettes, de laideur, de violence, d’obésité, de bêtise, de fausse vie, et de l’autre la matrice, le rêve, la richesse, le people et le leurre.

C’est du général Platon :

« Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. »

Zuckerberg se fera-t-il élire en un clic, par les deux milliards de connectés Facebook ? Président des USA, mais pourquoi pas directement du monde-communauté ?

Jamais en tout cas un système n’a eu une telle possibilité industrielle (au sens de Charles Perrault) de nous aliéner planétairement ; et ce n’est plus de la littérature. Ce grand consentement prévu par Tocqueville, Ortega Y Gasset, Veblen, évacue complètement le grand remplacement. On se fait remplacer anthropologiquement, cognitivement, consciemment, ontologiquement. Et tout le monde est content comme cela. Pas besoin de nous remplacer par les robots, nous sommes assez grands pour devenir robots.

 

 

Sources

 

Nicolas Bonnal – Internet, nouvelle voie initiatique (Avatar)

Ortega Y Gasset – La révolte des masses

Kubin – L’autre côté

La Boétie – la servitude volontaire

Platon – La république, X

Tocqueville – De la démocratie en Amérique, II