N’oubliez pas le sacre de l’âne Balthazar ce matin. Cet âne est un saint, cet âne est le pasteur du cinéma français

Au hasard Balthazar, par Robert Bresson, 1966.

On redonne le texte de N.B. sur la mule et l’alchimie :

Alchimie et mule sans frein (extrait de Perceval et la reine, préface de Nicolas Richer)

 

 

« Au milieu du pont-levis, il y a une roue qui tourne si vite par enchantement qu’il n’est nul chevalier qui puisse y passer… Fichez-y votre épée. L’enchantement sera rompu et la roue ne pourra plus tourner (16) ! »

 

Le même enchantement existe dans La Demoiselle à la mule, très fascinant et hermétique texte où un château tournoie tandis qu’une mule sans frein désespère sa cavalière et nos chevaliers. Voyons-le.

On peut rapprocher « mule » de « meule » et les considérer toutes les deux comme deux avatars de la « force qui va » et de la perte de contrôle de soi ; l’une peut être apaisée par son rêne, l’autre voir son tournoiement interrompu par une épée ; et au mouvement horizontal de la première correspond le mouvement rotatif de l’autre. La meule se dit «mulè» en grec. Surtout, sur la signification alchimique de la meule, Fulcanelli écrit ces lignes très instructives :

 

« La meule est l’un des emblèmes philosophiques chargés d’exprimer le dissolvant hermétique, ou ce premier mercure sans lequel il est inutile d’entreprendre ni d’espérer rien de profitable (17) ».

 

Le grand érudit de l’alchimie ajoute peu après sur la mule et la meule :

 

« La meule est signe hiéroglyphique du sujet… que les meules ont une forme circulaire, et que le cercle est la signature conventionnelle de notre dissolvant ». « Nous retrouvons le mercure, indiqué… sous l’aspect d’une meule de moulin, souvent mue par un mulet – mage cabalistique du mot grec mule, meule (18)».

 

D’autres éléments de cette décidément mystérieuse « demoiselle à la mule » sont à prendre en compte dans le cadre d’une herméneutique inspirée de l’alchimie. Ainsi le frein : sur une statue hermétique de Michel Colombe, (l’un des gardes du corps de François II, duc de Bretagne, sculptés dans la cathédrale de Nantes), nommée la Tempérance, Fulcanelli note la présence d’« une bride comme l’instrument indispensable, le médiateur placé entre la volonté du cheval et la marche du cheval. »

Cette tempérance sculptée est d’ailleurs à rapprocher éminemment de la lame XIV des Tarots traditionnels. D’une manière définitive, Fulcanelli ajoute :

 

« les expressions spéciales de la bride, celle de frein et celle de direction, permettent d’identifier et de reconnaître, sous une seule forme, la tempérance et la science cabalistique (19)».

 

Et ce alors que la matière philosophale est représentée en Inde sous les traits d’une femme montée sur un âne, rappelle quelque part Guénon. La mule de la Demoiselle tourne toujours et tourne désespérément autour de l’alchimie… Elle est citée avec Yvain par Coomaraswamy dans son texte magique sur les Symplegades, ces gardiennes du passage.

Mais qu’en est-il du tournoiement lui-même, qui rime d’ailleurs avec tournoi ? Le tournoiement évoque la roue, et la roue le mouvement du monde. Lequel peut d’ailleurs être un obstacle : « Au milieu du pont, il y a une roue qui tourne si vite par enchantement, qu’il n’est nul chevalier qui puisse y passer ».

Plus célèbre et universel symbole de la rotation du monde, le swastika. Voici ce qu’en écrit René Guénon dans le symbolisme de la croix : « Le swastika est essentiellement le “signe du pôle”… Il n’est pas une figure du monde, mais bien de l’action du Principe à l’égard du monde ». Le symbolisme de la roue se retrouve dans la Table Ronde comme dans l’image du char, celui notamment de la Demoiselle Chauve : « Le char qu’elle conduit représente le sa roue, car de même que le char avance sur ses roues, de la même façon elle mène le monde ».

La roue est aussi un symbole alchimique, puisque, explique Fulcanelli,

 

« Le feu de roue » désigne le « double feu » « qui paraît développer son action selon un modèle circulaire, dont le but est la conversion de l’édifice moléculaire, rotation symbolisée dans la roue de Fortune et dans l’Ouroboros (20)».

 

 

 

Sources

 

Fulcanelli, le mystère des cathédrales

Bonnal, Perceval et la reine (Amazon.fr), préface Nicolas Richer

La demoiselle à la mule (Wikisource)

L’âne (l’âme de la France rurale ?) passe de main en main comme l’anneau du pouvoir ou la carabine de Winchester 73. Il est jugé inopérant, pas adapté, dépassé par des maîtres pleins d’orgueil, les bêtes de Chabrol, incapables d’élever aussi leurs enfants.

Au hasard Balthazar. Un âne tourne en rond et il affronte la modernisation de la France rurale, au milieu des années soixante. C’est l’apocalypse. Film de Robert Bresson (1966).

Très busy Pokémon, moi gros con, vive l’ancien Japon ! La Boétie parle de l’aliénation des peuples par les jeux débiles, dans la cité de Lydie, ainsi contrôlée par Cyrus !

La route de la servitude (de La Boétie au micron)

 

Il n’y aurait pas besoin de théorie de la conspiration. Le peuple n’est pas un gentil innocent, une victime naïve. Le peuple, cette somme d’atomes agglomérés, de solitudes sans illusions (Debord) aime naturellement être mené à l’étable ou à l’abattoir. Et peut-être que le monologue de Figaro disait tout finalement… On y reviendra un beau jour !

Telle est l’éternelle leçon de la Boétie qui s’extasie devant l’infinie capacité des hommes à s’aplatir devant l’autorité. Chouchou des libertariens et de notre cher Murray Rothbard, l’adolescent prodige s’écœure lui-même en écrivant ces lignes, en rappelant ces faits :

« Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude. Il est vrai qu’au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent après servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. »

Dostoïevski observe dans sa maison des morts (qui est plutôt une maison des vivants, son roman le plus drôle) que l’on s’habitue en effet à tout. La Boétie :

« C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance. »

C’est la vraie conspiration dont parle aussi en prison le fasciste non repenti Rebatet : nous nous soumettons au joug de la bagnole, de la salle de bains américaine, des artefacts électroniques. La Boétie explique ensuite comment on développe les jeux, l’esprit ludique, et dans quel but politique :

« Mais cette ruse de tyrans d’abêtir leurs sujets ne se peut pas connaître plus clairement que Cyrus fit envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de Sardis, la maîtresse ville de Lydie, et qu’il eut pris à merci Crésus, ce tant riche roi, et l’eut amené quand et soi : on lui apporta nouvelles que les Sardains s’étaient révoltés ; il les eut bientôt réduits sous sa main ; mais, ne voulant pas ni mettre à sac une tant belle ville, ni être toujours en peine d’y tenir une armée pour la garder, il s’avisa d’un grand expédient pour s’en assurer : il y établit des bordels, des tavernes et jeux publics, et fit publier une ordonnance que les habitants eussent à en faire état. Il se trouva si bien de cette garnison que jamais depuis contre les Lydiens il ne fallut tirer un coup d’épée. Ces pauvres et misérables gens s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux, si bien que les Latins en ont tiré leur mot, et ce que nous appelons passe-temps, ils l’appellent ludi, comme s’ils voulaient dire Lydi. »

Les bordels et les tavernes : comptez le nombre de sites porno sur le web pour voir un peu (Snyder parle de quatre millions); et comparez aux sites anti-conspiration. Vous verrez que nous sommes peu de chose. Un milliard de vues pour une chanson Gaga ou Rihanna.

La Boétie dénonce l’effémination des cités et des Etats soumis à la tyrannie. Elle fonctionne avec la servilité et la soumission. Avec la culture aussi, comme le verra Rousseau.

« Tous les tyrans n’ont pas ainsi déclarés exprès qu’ils voulussent efféminer leurs gens ; mais, pour vrai, ce que celui ordonna formellement et en effet, sous-main ils l’ont pourchassé la plupart… Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes étranges, les médailles, les tableaux et autres telles drogueries, c’étaient aux peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples, rendus sots, trouvent beaux ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir, qui leur passait devant les yeux, s’accoutumaient à servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants qui, pour voir les luisantes images des livres enluminés, apprennent à lire. »

Puis La Boétie compare les méthodes éducatives, et ce n’est pas piqué des vers. Lui aussi promeut et aime Sparte – comme Rousseau et comme d’autres.

« Lycurgue, le policier de Sparte, avait nourri, ce dit-on, deux chiens, tous deux frères, tous deux allaités de même lait, l’un engraissé en la cuisine, l’autre accoutumé par les champs au son de la trompe et du huchet, voulant montrer au peuple lacédémonien que les hommes sont tels que la nourriture les fait, mit les deux chiens en plein marché, et entre eux une soupe et un lièvre : l’un courut au plat et l’autre au lièvre. « Toutefois, dit-il, si sont-ils frères ». Donc celui-là, avec ses lois et sa police, nourrit et fit si bien les Lacédémoniens, que chacun d’eux eut plus cher de mourir de mille morts que de reconnaître autre seigneur que le roi et la raison. »

Ensuite La Boétie est encore plus révolutionnaire, il est encore plus provocateur et méprisant pour le populo ; il remarque que comme sur Facebook on aime jouer à Big Brother, qu’on aime participer à son propre emprisonnement (empoisonnement) moral et physique – et qu’on paierait même pour. C’est le Panopticon de Bentham à la carte :

« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps, et n’a autre chose que ce qu’a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l’avantage que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il, s’ils ne sont des vôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s’il n’avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traîtres à vous-mêmes ? »

 

Le citoyen participe à sa propre aliénation. On n’a jamais autant payé d’impôts en Amérique ou en France en 2016. L’Etat haï des pauvres libertariens n’a jamais été aussi sûr ! Quant au monstre froid européen… No comment.

Puis le jeune auteur parle des réseaux de la tyrannie qui sont sur une base six, comme le web (WWW_666, voyez mon livre qui d’ailleurs va être republié). On pense à Musset et à Lorenzaccio qui eux-mêmes répètent déjà la redoutable antiquité gréco-romaine :

« Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pilleries. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevé en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine. »

Enfin La Boétie se méfie de l’architecture civile et il a raison. Voici comment il la dénonce, bien sobrement :

« De là venait la crue du Sénat sous Jules, l’établissement de nouveaux États, érection d’offices ; non pas certes à le bien prendre, réformation de la justice, mais nouveaux soutiens de la tyrannie. »

 

Bibliographie

Bloy – Exégèse des lieux communs

Dostoïevski – Souvenirs de la maison des morts

La Boétie – Discours sur la servitude volontaire

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration (sur Amazon.fr)

 

Nicolas Bonnal et les 47 rônins : le crépuscule du Japon ancestral (comme nos trois mousquetaires)

Fin de l’Histoire ? Reparlons des 47 rônins, film tourné en 1962, au moment de l’agonie du cinéma japonais ou américain (derniers Ford, derniers Walsh), relié à la Fin de l’Histoire telle qu’elle a été décrite par Kojève, lequel comme on sait s’est inspiré de l’exemple japonais, pays plusieurs fois « sorti » de l’Histoire. Godard aura bien recensé cette Fin de l’Histoire dans son Mépris, qui hypostasiait la Fin de l’Histoire du cinéma comme métaphore de cette Fin du mondeLa télé recouvrirait ce monde au lieu de nous le découvrir. Nous avons choisi la version en couleur (tohoscope) de notre maître nippon préféré Hiroshi Inagaki.

On est à l’ère Edo, au début du dix-huitième siècle tout couvert de perruques, de casinos et de ridicules châteaux rococo en Europe. Tout est confort civilisé, geisha, salons de couture, bouquets de fleur, raffinement tranquille. La corruption est là, l’âme noble le sent, comme Saint-Simon en France ou comme l’Arioste dans sa tirade sur l’artillerie. Dans les Sept samouraïs, les quatre victimes sont tuées par des armes à feu invisibles – c’est déjà la guerre pas très brave à la sauce anglo-américaine.

On voit des marchands Hollandais venus parler commerce et portant perruque, car on est à l’ère du Mondain de Voltaire (« le superflu, chose très nécessaire/ A réuni l’un et l’autre hémisphère »). On a aussi des décors fluos, luxueux, des costumes coûteux et tarabiscotés, car on n’est plus dans la société de Miyamoto Musashi. On sait aussi qu’à cette époque les samouraïs deviennent des bureaucrates, des valets. Mais est-ce un mal ? On passe de la cruauté chevalière à la bonne gestion moderne, au pouvoir tutélaire et doux de Tocqueville. Et qui préfère la première, à part un doux rêveur nietzschéen ? Le Japon prospérait et protégeait même ses forêts.

Et Kojève, cet esprit le plus dur de son siècle, écrit dans des lignes célèbres :

J’ai pu y observer une Société qui est unique en son genre, parce qu’elle est seule à avoir fait une expérience presque trois fois séculaire de vie en période de « fin de l’Histoire », c’est-à-dire en l’absence de toute guerre civile ou extérieure (à la suite de la liquidation du « féodalisme » par le roturier Hideyoshi et de l’isolement artificiel du pays conçu et réalisé par son noble successeur Yiyeasu).

Le film narre dit-on la revanche du clan Osono.

Mais c’est bien plus compliqué.

On a donc une société légère, corrompue et formaliste. Un comte nostalgique des vieux temps refuse de se plier aux règles (le bakchich) du capricieux et vicieux maître de cérémonies Kira.

Houspillé, Osono secoue le vil conseiller et il est condamné. Il meurt en se faisant seppuku, après avoir été invité à jeter un dernier regard esthète sur les cerisiers en fleurs. Ici aussi on est déjà sans le savoir chez Kojève :

Certes, les sommets (nulle part égalés) du snobisme spécifiquement japonais que sont le Théâtre Nô, la cérémonie du thé et l’art des bouquets de fleurs furent et restent encore l’apanage exclusif des gens nobles et riches.

Le film est sublime et oppose les valeurs héroïques (l’intendant mime l’ivresse et même l’avarice pour parvenir à son but de vengeance chevaleresque) aux valeurs modernes dégénérées – pour faire simple.

Mais ce n’est pas si simple, même si grimé en hallebardier solitaire (le chevalier sauvage décrit par Guénon) Toshiro Mifune se joint à eux comme il peut en gardant un pont à lui seul contre l’ennemi. A la fin, après vingt minutes de combat fantastique, les membres du clan Osono (aidés par le neutre voisin de Kira, proche de leurs valeurs), ridiculisent les gardes du corps de Kira (à l’exception d’un superbe combattant gros comme un sumotori) et ils vengent le comte Osono.

Mais ils ont insulté l’autorité et ils doivent se faire hara-kiri ! Et ils acceptent !

C’est donc un suicide collectif accompli – c’est le cas de le dire – dans les règles de l’art. Kojève, toujours :

« Ainsi, à la limite, tout Japonais est en principe capable de procéder, par pur snobisme, à un suicide parfaitement « gratuit » (la classique épée du samouraï pouvant être remplacée par un avion ou une torpille), qui n’a rien à voir avec le risque de la vie dans une Lutte menée en fonction de valeurs « historiques » à contenu social ou politique. »

Ici la lutte n’a clairement ni visée politique ni visée sociale. Elle est un point d’honneur et un défi qui ne va pas trop loin – on aurait pu se réfugier dans le brigandage et continuer de défier plus férocement des autorités si corrompues. On préfèrera se donner la mort sur ordre de ces mêmes autorités…

On lira aussi avec profit sur ce grand sujet le très beau livre sur la Mort volontaire au Japon publié dans les années soixante-dix par l’universitaire Maurice Pinguet.

Kojève termine par une note optimiste –trop pour nous :

« La civilisation japonaise « post-historique » s’est engagée dans des voies diamétralement opposées à la « voie américaine ».

Ce qui semble permettre de croire que l’interaction récemment amorcée entre le Japon et le Monde occidental aboutira en fin de compte non pas à une rebarbarisation des Japonais, mais à une « japonisation » des Occidentaux (les Russes y compris). »

Le Japon du désastreux Abe a montré le contraire. Comme dit Céline on n’échappe pas au commerce américain. Et comme dit Céline, la vérité de ce monde (la contre-civilisation occidentale qui s’impose partout) c’est la mort.

Le film-testament d’Inagaki (voyez son Rickshaw man et ses Trois trésors, film fleuve magique sur la cosmogonie nippone) défend ce Japon solaire et médiéval, sauvage et féodal, menacé par un monde moderne, formaliste, fait de décadents, de courtisans, de snobs et de marchands. La mort héroïque des 47 derniers combattants aurait été bouleversante.

On n’y reviendra plus ! Comme l’a vu Ridley Scott dans un grand film sous-coté, la pluie noire a mis fin à tout cela. Les vieilles générations de chevaliers errants ont été remplacées par les drogués, les combattants par des voyous ou des lecteurs de mangas. Même le film si hollywoodien Geisha évoque cette brutale américanisation du monde – c’est à-dire du Japon, cet archipel ultime du vrai monde. Laissons parler le dernier homme de Nietzsche :

« Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous.

« Autrefois tout le monde était fou, » – disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil. »

Mais il nous reste Amazon.com et le Home Entertainment pour accepter tout cela.

Bibliographie

  • Bonnal – Le Paganisme au cinéma (Dualpha) – disponible ici
  • Bonnal – Ridley Scott et le Cinéma Rétrofuturiste (Dualpha) – disponible ici
  • Bonnal – La Chevalerie Hyperboréenne et le Graal (Dualpha) – disponible ici
  • Galbraith (Stuart) – Japanese cinema (Taschen)
  • Kojève – Introduction à la lecture de Hegel (Éd. Gallimard, Tel, p. 434-443)
  • Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue, 5
  • Pinguet – La Mort volontaire au Japon (Gallimard)

Filmographie

  • Inagaki – Les 47 rônins, Rickshaw man, Les Trois trésors
  • Kurosawa – Les sept samouraïs, Ran
  • Ridley Scott – Pluie noire

http://www.lasmejorespeliculasdelahistoriadelcine.com/2014/07/47-ronin-1962-los-samurais-de-hiroshi-inagaki.html

Futur transhumain, crétin et robotique de notre humanité déchue par le monde moderne et la « satanique aventure industrielle » (Drieu). Même Elon Musk s’en émeut… Les robots et les chihuahuas ont remplacé les enfants. Dystopie et science-fiction dans ce chef d’eouvre incompris.