Initiation, tradition, symbolisme : les meilleurs épisodes de la série Star Trek

 

 

Créée par des as de l’aviation, des services secrets et de la maçonnerie (des bnai’brith), la série Star Trek nous a toujours émerveillés, au moins dans sa première mouture de 1967 à 1969. Enfin disponible à un prix raisonnable sur Amazon.co.uk., nous l’avons acquise et décidé d’écrire un livre sur cette série légendaire (la meilleure avec le Prisonnier, tourné la même année), qui mêle tout, ésotérisme, homérisme, mythologie, bible, histoire, épopée, érotisme… Embarquement immédiat pour les utopies gnostiques de la télévision ! Epiphanie du génie juif et féminin (dix scénaristes au moins), Star trek reste une incomparable expérience et montre que la grande SF américaine a été le dernier réceptacle du génie occidental.

 

Mise en bouche avec nos épisodes préférés :

 

La ménagerie I et II

Un capitaine mutilé et handicapé veut revivre de superbes aventures amoureuses dans la planète des illusions. Spock se mutine pour l’y emmener, car la vie n’est-elle pas un rêve (borgésien en l’occurrence) ? Il faut vivre dans l’esprit et non selon le corps. Excellent Jeffrey Hunter qui venu du western fait un excellent capitaine de vaisseau initiatique.

 

Métamorphose – Cochrane

Sublime, que dis-je, transcendantal, irréel épisode où l’on voit un nuage posséder un cosmonaute amoureusement. Il le fait survivre pendant des centaines d’années avant de pouvoir adopter la forme humaine d’une beauté technocrate, une mourante amenée par Kirk. Ils resteront ensemble perdus sur cette planète fleurie. « Je t’apparaîtrai sous la forme de la nuée », me dit la Bible.

 

Charlie X

Un adolescent perdu, frustré aux grands pouvoirs devient tyran à bord du vaisseau, parce que certaine fille se refuse à lui. Son nom est-il une allusion à notre histoire de France ? Le rôle est joué par le fils du fou hitchcockien Robert Walker. Il y a un autre épisode de Star Trek sur la menace des enfants postmodernes, qui commandent ou tuent les adultes, comme dans un cauchemar de… Platon (République, livre VIII).

 

Fraternitaire

Une planète nazie, ni plus ni moins, créée par l’ancien professeur d’histoire de Kirk. Spock avec sa bonne rationalité de vulcain, pas trop préoccupé d’élucubration politiquement correcte, ajoute froidement que ce fut «le système le plus efficace de l’histoire du monde ». Episode censuré en Allemagne.

 

Amok time – mal du pays

 

Saison des amours pour Spock. On découvre enfin la planète Vulcain, épiphanie du génie chinois, et qui dégage pourtant une bonne barbarie ressourçant Kirk. Cette planète est dirigée par une femme et sa direction n’a rien de rationnel !

 

Apollon – Adonis

Notre préféré. Apollon existe et il regrette les hommes qu’il avait dessinés pour l’adorer. Il tente alors de retenir l’équipage sur sa planète, en particulier une blonde splendide qui se prend au jeu. Mais le capitaine Kirk n’est pas d’accord, avant de regretter sa prompte décision. N’eussions-nous pas dû demeurer sous la protection des dieux adorés d’Hölderlin et Pindare ?

 

Unité M. Computer – Daystrom

Episode central, proche de 2001 : l’ordinateur-Golem est installé à bord du vaisseau, et il détraque tout. Star trek inspiré par les épopées maritime et Horatio Hornblower (voyez l’incroyable film de Walsh avec Gregory Peck) préfère le bon vieux bricolage manuel. Mais qui diable nous débarrassera de ces Golems, dis-je le nez perché dix heures par jour sur cet écran d’ordinateur ?

 

Les derniers tyrans – space seed

Episode superbe avec l’acteur hispano-mexicain Montalban. Une race de surhommes rebelles est retrouvée et s’empare du vaisseau. On les en chasse, mais ils sortent la tête haute avec tout le respect de Kirk. Encore un épisode très politiquement incorrect. Pourquoi faire : on ne fait pas de bonne télévision avec de bons sentiments…

 

Requiem pour Mathusalem

L’homme éternel existe, il a été Brahms et Leonard de Vinci et d’autres aussi. Il a créé une planète de rêve mais souffre de solitude, alors il se fabrique des Schéhérazade robotiques (lisez ma nouvelle à ce sujet ici). Mais comme les machines  blondes deviennent sentimentales…

 

La route de l’Eden

On recrute des hippies de l’espace qui sèment la pagaille à bord. Spock ne les apprécie pas mais il aime et comprend leur quête spirituelle. Tous à Katmandou ! Nota : on se moque d’un certain Herbert, figure autoritaire, allusion à Marcuse alors à la mode et toujours lu par les derniers rebelles…

 

Les arbitres du cosmos

Une communauté évoluée, au look médiéval, interdit psychiquement la guerre Klingons-fédération… Ils se laissent piétiner avant de montrer leur pouvoir et de calmer les bellicistes. La fédération est encore plus humiliée avec son humanitarisme que les klingons finalement. Un scénariste se détache dans Star Trek : c’est Gene Coon.

 

La machine infernale

Episode double, extraordinaire, écrit par Norman Spinrad, le vrai Rimbaud de la science-fiction, si souvent censuré d’ailleurs. Un monstre artificiel menace le vaisseau, et le capitaine débile et rescapé d’un vaisseau spatial. Mais Kirk ne perd pas son sang-froid. La progression narrative de cet épisode dépasse n’importe quel film de SF, 2001 y compris.

 

Illusion

En réalité, Paradise syndrome. On arrive sur une planète idyllique peuplée par les indiens. Kirk y reste et fonde un foyer. Pendant ce temps Spock doit sauver cette planète d’un choc spatial. Une pure merveille.

 

Les mines de Horta

Episode selon Nerval et Novalis. La sensibilité de la nature est ici en jeu : il faut apprendre à lui parler avant de pouvoir exploiter ses richesses. Spock s’y pourvoie. « Homme libre penseur ! Te crois-tu seule pensant, dans ce monde où la vie éclate en toute chose ? » Yourcenar récita un jour le poème à la radio.

 

Nuages

Episode sur la division de la cité et les amours de Spock. Episode sur la lutte des classes et la division du travail. Les privilégiés ont accès la culture et à l’amour.

 

L’importun

Episode délicieux sur la féministe incompétente, Janice Lester ! Celle-ci va transposer son esprit dans le corps du capitaine de l’Entreprise afin de prendre le commandement du vaisseau. Mais son incompétence va troubler l’équipage habitué à un commandement compétent et réglementaire…

 

 

 

 

 

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Alfred Hitchcock et la fabrication de la femme fatale

 

 

Vertigo se raconte simplement. Un homme tombe amoureux d’une femme qu’on lui demande de suivre à distance. Cette femme disparaît et il en voit une autre qui lui ressemble. Il en fait une copie de celle qu’il a connue avant de se rendre compte que cette copie a déjà servi. Il a aimé deux fois le corps de la copie de la même femme, jamais son original. Cette dimension très religieuse donne à ce film sur la mimésis son incomparable aura. Borges parle d’un dieu vers qui l’on remonte et que l’on connait indirectement (Almotasin), saint Paul de ce miroir à travers lequel nous percevons le mystère du monde. La recherche du mystère d’une âme devient la quête suprême dans ce film sans égal. Après on bascule dans la recherche du sosie et la fabrication de la copie. Tout le délabrement du monde moderne industriel (rappelons qu’un chevalier d’industrie est d’abord un homme malhonnête, un aventurier, un monteur de coups). L’industrie chez Pline c’est quand l’homme ne prend plus son temps.

 

De la même manière si la Femme est une image de la perfection, de la présence divine, de la divinité même, on comprend pourquoi le film fascine. Parce que l’on se rapproche du mystère essentiel de la vie humaine : tenter de trouver l’éternité, Dieu, à travers le jeu de la contingence quotidienne. Quand on oublie cela on est dans notre société de consumation et on attend de crever. Vertigo joue encore avec un puissant référent religieux et chrétien et les deux auteurs du roman d’entre les morts ne cessent dans leur livre de citer Orphée et Eurydice. D’où le titre du roman d’ailleurs : d’entre les morts. Au grand moment de sa quête le personnage principal –James Stewart donc dans le film – pense avoir ramené son Eurydice des enfers et par le simple jeu des apparences et d’une coiffure en chignon aux airs de grand vertige. On cite même Jakob Böhme dans le roman pourtant populaire qui inspire le plus grand film du cinéma. Car Vertigo est la parabole sur Hollywood, notre bonne vieille usine à rêves. Vertigo est le film qui nous raconte comment nous finissons par adorer des fantômes fabriqués artisanalement d’abord puis à la chaîne. Ajoutons My Fair Lady et Sunset Boulevard de Billy Wilder et on aura la meilleure réflexion sur cet ombrageux sujet.

C’est Truffaut qui voyait dans la geste de James Stewart celle d’un metteur en scène désirant créer sa créature de cinéma. Car il fabrique une créature de rêve à partir d’une créature de chair. Et en effet on est tous tombés amoureux d’une actrice qu’on nous a montrée au cinéma, qu’on nous transformée et fabriquée. Il y a des fausses Guenièvre dans le roman de Lancelot, il y aurait de copies de femme parfaite. On se rappelle que dans l’excellent L.A. Confidential un démiurge crée des sosies de belles actrices pour satisfaire une bonne clientèle. Mais ce démiurge est un simple pornocrate cette fois, pas un mari qui veut tuer sa femme ! De la même façon cette reproduction industrielle de belles filles oniriques a une dimension terriblement malsaine et vaine, qui a contribué à l’appauvrissement de notre psychisme, de notre vie quotidienne et de nos sociétés transformées en « conglomérat de solitudes sans illusions (Debord). »

 

Mais le cinéma aime piéger les artistes comme je l’ai montré dans mon livre sur la damnation des stars. Ils deviennent des prisonniers de leurs propres rôles. L’heureux amant de telle actrice tombait amoureux du personnage, pas de la femme, comme ce toréro malin qui allait raconter aux copains la nuit de rêve qu’il avait passée avec la pauvre… Ava Gardner ; Rita Hayworth se plaignit aussi d’un similaire destin, et l’on sait ce qui arriva à Norman Jean Baker…

Autant de rôles, autant de maris, et de marris, comme je disais dans mon chapitre sur les drôles de rôles. La blonde muée en femme fatale est la femme prisonnière, comme la pauvre Kim Novak dans le film hitchcockien, dont le modèle meurt deux fois. Lui-même (Hitchcock) n’a cessé de rêver de sosies. La jeune épouse dans Rébecca rêve de plaire à son mari noyé dans ses cauchemars en imitant l’épouse atroce disparue. Et Hitchcock cherche ensuite des sosies à Grace Kelly devenue princesse à travers des actrices plus ou moins heureuses comme Janet Leigh, Eva Marie-Saint ou bien Tippi Hedren. Icone post-hitchcockienne notre Catherine Deneuve (que j’aimai en peau d’âne enfant) joua aussi ce rôle de femme sublime en papier glacé. Pour foules en goguette.

 

Dans ce film on oublie que le personnage principal, que l’on voit assez peu, est l’ami assassin, comploteur et génie, qui arrive à créer une vraie copie de sa propre femme pour en justifier la disparition ! Ce démiurge (il veut que l’acrophobe tombe amoureux de son épouse modélisée) est plus présent dans le roman de  Boileau et Narcejac. Ce roman sinistre est lié à la deuxième guerre mondiale. Après la guerre et la défaite ce n’est plus la France.

Il est bon de rappeler aussi que Boileau et Narcejac parlent des arrière-plans ésotériques  du film.  Le mari crée donc une copie, vraie créature de fortune deux fois manipulée par le désir masculin (syndrome Higgins, voyez my fair lady qui fait d’une fille de la rue comme Elisa une parfaite mais malheureuse princesse de cour), et James Stewart la recrée, sans que l’on sache trop pourquoi finalement. Il aime un souvenir (la madeleine de Proust qui donne son nom à l’héroïne !), il sait que son ouvrière n’est pas l’original, que lui reste-t-il alors sinon une copie, comme ce collectionneur pas assez fortuné qui va se payer la copie d’un tableau de maître. Le vertige douloureux va se produire quand il saura qu’il a été floué et qu’il a aimé une actrice (qui est tombée amoureuse, les mimes tombent toujours amoureux) et pas une femme de rêve. Une ombre un reflet, une copie…

 

La chute moderne (le péché originel ?) est là toute proche. Du reste Chrysostome nous met en garde contre le théâtre car nous tombons amoureux de l’actrice et après le spectateur en oublie sa femme ! Il préfère voir, rêver, se souvenir que vivre !

 

« Ne voyez-vous pas que ceux qui reviennent du théâtre sont amollis? Cela vient de ce qu’ils prêtent une grande attention à ce qui s’y passe: ils sortent de là après avoir gravé dans leur âme ces tournements d’yeux, ces mouvements de mains, ces ronds de jambes, les images enfin de toutes ces poses qu’ils ont vues produites par les contorsions d’un corps assoupli ? »

 

La femme peut sortir de tout cela bravement bien sûr :

« …la femme, qui avait été autrefois l’instrument du démon, a brisé la force du même démon ; ce vase fragile et délicat, est devenu une arme irrésistible ; des femmes bravent maintenant la mort… »

Mais revenons à Hitchcock.

Dans fenêtre sur cour aussi, à la si belle Grace Kelly qui vient dans la nuit de son appartement, James Stewart préfère le lointain (la télé-vision) jouer au Peeping tom, au voyeur, avec ses voisins. La réalité lui plait moins, même si belle, que l’illusion vue de bien loin. Il faudra que la belle se risque dans l’appartement du tueur pour que le voyeur se remettre à la désirer. Nous devenons une race de Peeping Tom, dit la masseuse génialement interprétée par Thelma Ritter (tout le génie du film en cinq minutes de leçons de cette bonne dame d’un autre temps, celui d’avant l’intelligence et la psychanalyse) qui voit James Stewart se vider par son regard et devenir toujours plus impuissant. A la fin il n’y a plus qu’un bras de disponible comme celui que nous avons aujourd’hui pour changer de… chaîne. Ô Platon, ô caverne !

Boileau et son compère étaient très conscients de la dimension métaphysique de leur film. Ils évoquent Böhme (si l’on parle kabbale, évoquons la shakina qui est la présence divine manifestée par une femme), la crise mystique du personnage et une bonne dizaine de fois le nom d’Eurydice avec toute la dimension rétrocessive du mythe. Etre Orphée c’est regarder en arrière pour être sûr de rater sa vie et sa nana. Hitchcock montre dans sa conclusion délirante – (une bonne sœur arrive sur le clocher, effraie la blonde, la pousse à la mort, se signe et sonne les cloches !) combien il aurait fallu se purifier au lieu de se laisser aller.

 

Sources

Nicolas Bonnal, la damnation des stars (Filipacchi)

Spoto – la vie de Hitchcock

Boileau-Narcejac – D’entre les morts

 

Moments inouïs : Luis Buñuel reçu par George Cukor rencontre Hitchcock et John Ford, puis Fritz Lang (traduction)

Moments inouïs : Buñuel reçu par Cukor rencontre Hitchcock et John Ford, puis Fritz Lang  (traduction)

 

Moment inouï: Buñuel reçu par Cukor rencontre Hitchcock et John Ford (traduction)

 

Un jour, j’ai reçu de Georges Cukor une invitation à manger, une invitation extraordinaire, puisque je ne le connaissais pas.

C’était un repas extraordinaire. Quand le premier arriva au magnifique manoir de Cukor, qui nous accueillit chaleureusement, nous vîmes entrer, à demi emporté par une sorte d’esclave noir aux muscles puissants, un vieux spectre vacillant, avec une tache dans l’œil, que je reconnus comme John Ford. .

Nous n’avions jamais coïncidé. À ma grande surprise, parce que je pensais qu’il ignorait mon existence, il s’est assis à côté de moi sur un canapé et m’a dit qu’il était heureux de retourner à Hollywood. Il a même annoncé qu’il préparait un film – un grand western -, où il mourrait quelques mois plus tard.

A ce moment de la conversation, nous entendîmes grimper quelques marches sur le parquet. Je suis revenu. Hitchcock est entré dans la pièce, tout dodu et rose, et marchait vers moi avec ses bras tendus. Je ne le connaissais pas non plus personnellement, mais je savais qu’à plusieurs reprises il avait publiquement chanté mes louanges. Il s’est assis à côté de moi et a ensuite demandé à être à ma gauche pendant le repas. Avec un bras passé sur mes épaules, presque allongé sur moi, je continuais à parler de son entrepôt, de son régime (il mangeait très peu) et surtout de la jambe coupée de Tristana: «Ah, cette jambe … ! »

Puis vinrent William Wyler, Billy Wilder, Georges Stevens, Ruben Mamoulian, Robert Wise et un réalisateur beaucoup plus jeune, Robert Mulligan.

Après les apéritifs, nous nous sommes assis à la table, dans l’obscurité d’une grande salle à manger éclairée par des lustres. Il a été célébré en mon honneur une étrange réunion de fantômes qui ne s’étaient jamais rencontrés comme ça et qui parlent tous du bon vieux temps, des bons moments. De Ben-Hur à West Side Story, de Some like it hot à Notorious, de Stagecoach à Giant, combien de films autour de cette table …

Après le repas, quelqu’un eut l’idée d’appeler un photographe de

Appuyez sur pour prendre le portrait de famille. La photographie serait l’un des objets de collection de l’année. Malheureusement, John Ford n’y figure pas. Son esclave noir était parti le chercher au milieu du repas. Il a dit faiblement au revoir et est parti pour ne plus jamais nous revoir, trébuchant sur les tables.

 

(…) Le jour suivant, Fritz Lang m’a invité à lui rendre visite chez lui. Trop fatigué, il n’avait pas pu assister au dîner chez Cukor. J’avais alors soixante-douze ans. Fritz Lang avait plus de quatre-vingts ans.

Nous nous voyions pour la première fois. Nous avons bavardé pendant une heure et j’ai eu le temps de lui dire le rôle décisif de ses films dans le choix de ma vie, puis, avant de nous séparer – et cela ne correspond pas à mes habitudes – je lui ai demandé de me dédier une photo.

Assez surpris, il en chercha un et le signa pour moi. Mais c’était une photo de son grand âge. Je lui ai demandé s’il n’aurait pas une photo des années vingt, de l’époque de Der müde Tod et de Metropolis.

Il en a trouvé un et a écrit une magnifique dédicace. Ensuite, je lui ai dit au revoir et je suis retourné à l’hôtel.

 

 

 

 

Un día, recibí de Georges Cukor una invitación a comer, invitación extraordinaria, pues no le conocía.

Fue una comida extraordinaria. Llegados los primeros a la magnífica mansión de Cukor, que nos recibió calurosamente, vimos entrar, medio llevado por una especie de esclavo negro provisto de poderosos músculos, a un viejo espectro vacilante, con un parche en el ojo, a quien reconocí como John Ford.

Nunca habíamos coincidido. Con gran sorpresa por mi parte, pues creía que ignoraba hasta mi existencia, se sentó a mi lado en un sofá y dijo alegrarse de mi regreso a Hollywood. Me anunció, incluso, que preparaba una película —a big western—, cuando habría de morir pocos meses después.

En este momento de la conversación, oímos el arrastrarse de unos pasos sobre el parquet. Me volví. Hitchcock entraba en la sala, todo rechoncho y sonrosado, y se dirigía hacia mí con los brazos extendidos. Tampoco le conocía personalmente, pero sabía que en varias ocasiones había cantado públicamente mis alabanzas. Se sentó junto a mí y, luego, exigió estar a mi izquierda durante la comida. Con un brazo pasado sobre mis hombros, casi echado sobre mí, no cesaba de hablar de su bodega, de su régimen (comía muy poco) y, sobre todo, de la pierna cortada de Tristana: «¡Ah, esa pierna…! »

Llegaron luego William Wyler, Billy Wilder, Georges Stevens, Ruben Mamoulian, Robert Wise y un director mucho más joven, Robert Mulligan.

Tras los aperitivos, nos sentamos a la mesa, en la penumbra de un amplio comedor iluminado con candelabros. Se celebraba en mi honor una extraña reuniónde fantasmas que nunca se habían encontrado así reunidos y que hablan todos de los good old days, de los buenos tiempos. De Ben-Hur a West Side Story, de Some like it hot a _otorious, de Stagecoach a Giant, cuántas películas alrededor de aquella mesa…

Después de la comida, alguien tuvo la idea de llamar a un fotógrafo de

Prensa para que tomase el retrato de familia. La fotografía sería uno de los

collector’s items del año. Desgraciadamente, John Ford no figura en ella. Su esclavo negro había ido a buscarlo en medio de la comida. Nos dijo débilmente adiós y se marchó para no volver a vernos más, tropezando con las mesas.

 

(…) Al día siguiente, Fritz Lang me invitó a visitarlo en su casa. Demasiado fatigado, no había podido asistir a la comida celebrada en casa de Cukor. Yo tenía entonces setenta y dos años. Fritz Lang rebasaba los ochenta.

Nos veíamos por primera vez. Charlamos durante una hora, y tuve tiempo de decirle el decisivo papel que sus películas habían ejercido en la elección de mi vida, Luego, antes de separarnos —y ello no entra dentro de mis costumbres—, le pedí que me dedicase una fotografía.

Bastante sorprendido, buscó una y me la firmó. Pero era una fotografía de su vejez. Le pregunté si no tendría, además, una fotografía de los años veinte, de la época de Der müde Tod y de Metrópolis.

Encontró una y escribió una magnífica dedicatoria. Luego, me despedí de él y regresé al hotel.

 

Nicolas Bonnal prépare trois livres décalés sur les maîtres rebelles du cinéma : hardi, lecteurs ! Bunuel, Welles, Hitchcock !

Le génie américain face au viol automobile du monde

 

Les américains l’ont dit eux-mêmes…

Orson Welles adapte, il est fidèle au texte, qui vaut bien Debord, Mumford ou Boorstin.

La splendeur des Ambersons par Booth Tarkington (Gutenberg.org).

 

 

“Well, well!” the Major laughed. “You have enough faith in miracles, Eugene—granting that trolleys and bicycles and automobiles are miracles. So you think they’re to change the face of the land, do you?”

“They’re already doing it, Major; and it can’t be stopped. Automobiles—”

At this point he was interrupted. George was the interrupter. He had said nothing since entering the dining room, but now he spoke in a loud and peremptory voice, using the tone of one in authority who checks idle prattle and settles a matter forever.

“Automobiles are a useless nuisance,” he said.

 

“I said all automobiles were a nuisance,” George answered, repeating not only the words but the tone in which he had uttered them. And he added, “They’ll never amount to anything but a nuisance. They had no business to be invented.”

 

Again there was a silence, while the Major stared at his grandson, aghast. But Eugene began to laugh cheerfully.

“I’m not sure he’s wrong about automobiles,” he said. “With all their speed forward they may be a step backward in civilization—that is, in spiritual civilization. It may be that they will not add to the beauty of the world, nor to the life of men’s souls. I am not sure. But automobiles have come, and they bring a greater change in our life than most of us suspect. They are here, and almost all outward things are going to be different because of what they bring. They are going to alter war, and they are going to alter peace. I think men’s minds are going to be changed in subtle ways because of automobiles; just how, though, I could hardly guess. But you can’t have the immense outward changes that they will cause without some inward ones, and it may be that George is right, and that the spiritual alteration will be bad for us. Perhaps, ten or twenty years from now, if we can see the inward change in men by that time, I shouldn’t be able to defend the gasoline engine, but would have to agree with him that automobiles ‘had no business to be invented.’” He laughed good-naturedly, and looking at his watch, apologized for having an engagement which made his departure necessary when he would so much prefer to linger. Then he shook hands with the Major, and bade Isabel,

 

Je rappelle Guy Debord :

« Le moment présent est déjà celui de l’autodestruction du milieu urbain. L’éclatement des villes sur les campagnes recouvertes de « masses informes de résidus urbains » (Lewis Mumford) est, d’une façon immédiate, présidé par les impératifs de la consommation. La dictature de l’automobile, produit-pilote de la première phase de l’abondance marchande, s’est inscrite dans le terrain avec la domination de l’autoroute, qui disloque les centres anciens et commande une dispersion toujours plus poussée. En même temps, les moments de réorganisation inachevée du tissu urbain se polarisent passagèrement autour des « usines de distribution » que sont les supermarkets géants édifiés en terrain nu, sur un socle de parking ; et ces temples de la consommation précipitée sont eux-mêmes en fuite dans le mouvement centrifuge, qui les repousse à mesure qu’ils deviennent à leur tour des centres secondaires surchargés, parce qu’ils ont amené une recomposition partielle de l’agglomération. Mais l’organisation technique de la consommation n’est qu’au premier plan de la dissolution générale qui a conduit ainsi la ville à se consommer elle-même (La société du spectacle, §174). »

 

Debord pensa justement que l’automobile comme la télé ont aidé le pouvoir totalement ; et le web ?

 

Orson Welles et le grand remplacement démographique (par des européens !) en Amérique du Nord (vers 1880-1920)

Magnificent Ambersons : Orson Welles et les transformations raciales et industrielles en Amérique

 

Welles cite ce livre dans son film admirable, pas tout évidemment. Il évite de citer les pages où l’on en veut au progrès (c’est le sujet de ce film et surtout de ce livre guénonien).

 

Nicolas Bonnal est là pour compenser. Et il vous apprend que le bon White Anglo Protestant Booth Tarkington est aussi dur pour les progrès industriels et les nouveaux migrants que mettons Lovecraft (lisez en ligne pour rire sa nouvelle The Street),  Edgar Poe (Monos et Una, Colloque avec une momie), Madison Grant (the passing of a great race), Lothrop Stoddard, sans oublier  Scott Fitzgerald. Pour ces sujets voyez son livre sur Trump…

 

Le jour où nos commentateurs officiels auront un peu de culture, on saura vers quels affreux naufrages  on appareille…

Extraits de la splendeur des Ambersons

 

But the great change was in the citizenry itself. What was left of the patriotic old-stock generation that had fought the Civil War, and subsequently controlled politics, had become venerable and was little heeded. The descendants of the pioneers and early settlers were merging into the new crowd, becoming part of it, little to be distinguished from it. What happened to Boston and to Broadway happened in degree to the Midland city; the old stock became less and less typical, and of the grown people who called the place home, less than a third had been born in it. There was a German quarter; there was a Jewish quarter; there was a negro quarter—square miles of it—called “Bucktown”; there were many Irish neighbourhoods; and there were large settlements of Italians, and of Hungarians, and of Rumanians, and of Serbians and other Balkan peoples. But not the emigrants, themselves, were the almost dominant type on the streets downtown. That type was the emigrant’s prosperous offspring: descendant of the emigrations of the Seventies and Eighties and Nineties, those great folk-journeyings in search not so directly of freedom and democracy as of more money for the same labour. A new Midlander—in fact, a new American—was beginning dimly to emerge (…).

“Prosperity” meant good credit at the bank, black lungs, and housewives’ Purgatory. The women fought the dirt all they could; but if they let the air into their houses they let in the dirt. It shortened their lives, and kept them from the happiness of ever seeing anything white. And thus, as the city grew, the time came when Lucy, after a hard struggle, had to give up her blue-and-white curtains and her white walls. Indoors, she put everything into dull gray and brown, and outside had the little house painted the dark green nearest to black. Then she knew, of course, that everything was as dirty as ever, but was a little less distressed because it no longer looked so dirty as it was.”

 

Et comme on citait HP Lovecraft, qui ne se gêne pas pour dire plus crûment ce qu’il pense, le génie des fans de l’horreur qui ne l’ont pas lu, comme le reste :

 

« Swarthy and sinister were most of the strangers, yet among them one might find a few faces like those who fashioned The Street and moulded its spirit. Like and yet unlike, for there was in the eyes of all a weird, unhealthy glitter as of greed, ambition, vindictiveness, or misguided zeal. Unrest and treason were abroad amongst an evil few who plotted to strike the Western Land its death-blow that they might mount to power over its ruins; even as assassins had mounted in that unhappy, frozen land from whence most of them had come.”

 

Sources

Howard Philip Lovecraft – The Street, complete works

Booth Tarkington – Magnificent Ambersons

 

John Hall, critique américain, confirme Nicolas Bonnal : comment le bon élève Hitchcock plagie le génial et trop turbulent Orson Welles… Qui usera d’Anthony Perkins dans le Procès !

 

 

Inutile de le dire, je ne critique pas Hitchcock une seconde… Psychose est le film le plus easy-watching de l’histoire ; et Kubrick a chipé Singing in the rain à Cary Grant, qui le chante dans sa salle de bains (La mort aux trousses). Il a aussi chipé l’acteur et le sujet (le hold-up raté) à John Huston (Quand la ville dort ; Sterling Hayden) pour réaliser son Ultime razzia, titre traîtreusement mal traduit (The Killing en anglais). J’ai fait la somme de tous les emprunts de Kubrick (« un copieur », a écrit durement Louis Skorecki dans Libération) dans mon livres sur l’admirable plagiaire.

 

Quelques extraits du texte très complet de John :

 

Hitchcock has always been considered a director sui generis. John W. Hall looks at Psycho and Touch of Evil to show that even Hitch couldn’t resist the charms — and stylistic strategies — of Orson Welles.

 

For starters, think of how both filmmakers use low-budget aesthetics, the similar use of Janet Leigh, and the squalid desolation of South-western motels run by nervous, sexually intimidated young men. It’s time Welles and his crew members on Touch of Evil receive proper credit for some of the praise of Psycho directed toward Hitchcock.

Though both were highly nonconformist and possessed enormous egos, Welles was painted as the “bad boy” of Hollywood, while Hitchcock became the Boy Scout, earning the studio’s respect and praise in spite of his obsession with murder.

By the late 1950s, Welles was a virtual outcast in Hollywood, with a reputation for being “difficult” and — unfairly — for going over budget on his films.

 

Not to say that Welles’ films aren’t as much fun as Hitchcock’s, or that Hitchcock’s are not as intellectually stimulating as Welles’, but watching a Welles film is like eating prime rib, rich and leaving you with an overstuffed feeling. Hitchcock is an easier swallow, a lean slice of cinematic roast beef (or a slice of cake, as he was fond of saying).

More apparent than any other Touch of Evil influence is the casting of Janet Leigh as Marion Crane. In Touch of Evil Leigh plays the sexy American wife of Mexican narcotics agent Vargas (Heston), alternately feisty and vulnerable. With shots of Leigh lying around dingy motel rooms in her lingerie and her ample bust accentuated by Welles’ low angles, it’s not hard to see why Hitchcock thought of her as the beautiful but frustrated Marion.

As the “night man” in Touch of Evil, a young Dennis Weaver, clad in unfashionable clothes with his shirt buttoned to the top, suggests a slightly retarded Norman Bates. Goofy, nervous, easily frightened, and decidedly uncomfortable around a sexy woman like Leigh, Weaver blinks, stutters, leers, and laughs crazily in his encounters with her.

Perkins, whose career was made by this performance, may also be an example of the reverse equation, Hitchcock influencing Welles: Perkins became the star of Welles’ next film The Trial, released in 1963.

But the motels create an especially powerful atmosphere of dread and alienation in these two films, perhaps because they seem to exist in a dreamscape, disconnected from the rest of the “normal” world. The use of the sordid motel as an instrument of psychological torture and an emblem of decay in Touch of Evil may have inspired Robert Bloch, who wrote the novel that Psycho is based on, to use a motel to capture an American environment suitable as a breeding ground for psychosis and random violence.

Robert Clatworthy, a highly regarded art director at Universal, performed in that capacity for both films.

Another crew member of Welles’, camera operator John Russell, became Hitchcock’s director of photography for Psycho, which may also account for some of the visual similarities, such as the use of natural lighting in the daylight scenes.

The famous moment of terror when Marion’s sister Lila (Vera Miles) turns around the rocker to discover that “Mother” is a skeleton may have a precedent of sorts in Touch of Evil. In that film, when Janet Leigh awakes from her drug-induced sleep and discovers Uncle Joe Grandi hanging over the bed, dead from strangulation by Captain Quinlan, her moment of terror is conveyed in a shock cut.