Amateurs de Conan et d’Oliver Stone, n’oubliez pas son classique célinien sur le Vietnam ! Les meilleures pages du Voyage y sont citées en voix off…

Ibn Khaldun et le génie arabe de la liberté

Ibn Khâldun et le génie arabe de la liberté

Je passe chaque été à Cordoue et à Grenade.

Théophile Gautier écrivait, après avoir vu la mosquée de Cordoue :

« Quand on songe qu’il y a mille ans, une œuvre si admirable et de proportions si colossales était exécutée en si peu de temps par un peuple tombé depuis dans la plus sauvage barbarie, l’esprit s’étonne et se refuse à croire aux prétendues doctrines de progrès qui ont cours aujourd’hui; l’on se sent même tenté de se ranger à l’opinion contraire lorsqu’on visite des contrées occupées jadis par des civilisations disparues. J’ai toujours beaucoup regretté, pour ma part, que les Mores ne soient pas restés maîtres de l’Espagne, qui certainement n’a fait que perdre à leur expulsion. »

Gustave le Bon, dans sa civilisation des arabes, traitait les ibères d’aborigènes, en ajoutant froidement : les britanniques sont colonisateurs, les Arabes civilisateurs.

Evitons la polémique et donnons à notre propos un tour plus scientifique avec Ibn Khâldun. Vers 1400 Ibn Khâldun expliquait notre déclin comme un Tocqueville, et décryptait aussi notre soumission actuelle.

Il oppose le rat des villes et le rat des champs, et de quelle manière ; car il a compris bien avant Oswald Spengler, autre prestigieux admirateur des arabes (la liste va de Voltaire à Goethe…) que les cités nous font dégénérer, comme le confort repu :

« Les habitants des villes, s’étant livrés au repas et à la tranquillité, se plongent dans les jouissances et laissent à leur gouverneur ou à leur commandant le soin de les protéger en leurs personnes et leurs biens Rassurés contre tout danger par la présence d’une troupe chargée de leur défense, entourés de murailles, couverts par des ouvrages avancés, ils ne s’alarment de rien. Les gens de la campagne, au contraire, évitent le voisinage des troupes et ils montrent, dans leurs expéditions, une vigilance extrême. »

C’est l’historien américain du franquisme Stanley Payne qui a fait scandale en Espagne en parlant d’un peuple anesthésié. Mais j’ai moi-même écrit que les Français se laissent tuer parce que les Français sont déjà morts.

Ibn Khâldun invite lui à préserver la pureté du sang :

« Leur isolement est donc un sûr garant contre la corruption du sang. Chez eux, la race se conserve dans sa pureté… La pureté de race existe chez les peuples nomades parce qu’ils subissent la pénurie et les privations, et qu’ils habitent des régions stériles et ingrates, genre de vie que le sort leur a imposé et que la nécessité leur a fait adopter. »

Il faut aimer la frugalité raisonnée :

« Les gens de la campagne recherchent aussi les biens de ce monde, mais ils n’en désirent que ce qui leur est absolument nécessaire ; ils ne visent pas aux jouissances que procurent les richesses ; ils ne recherchent pas les moyens d’assouvir leur concupiscence ou d’augmenter leurs plaisirs. »

Mais notre historien romain Tite-Live faisait l’éloge de la frugalité dans sa préface :

« Mais ce qui importe, c’est de suivre, par la pensée, l’affaiblissement insensible de la discipline et ce premier relâchement dans les mœurs qui, bientôt entraînées sur une pente tous les jours plus rapide, précipitèrent leur chute jusqu’à ces derniers temps, où le remède est devenu aussi insupportable que le mal. »

Ibn Khâldun rappelle que la dure vie du désert préserve la liberté, la noblesse et le courage :

« Puisque la vie du désert inspire le courage, les peuples à demi sauvages doivent être plus braves que les autres. En effet, ils possèdent tous les moyens lorsqu’il s’agit de faire des conquêtes et de dépouiller les autres peuples… »

Et il déteste les impôts, marque de servilité et d’hébétude :

« Tout peuple qui aime mieux payer un tribut que d’affronter la mort a beaucoup perdu de cet esprit de corps qui porte à combattre ses ennemis et à faire valoir ses droits… Lorsqu’un peuple s’est laissé dépouiller de son indépendance, il passe dans un état d’abattement qui le rend le serviteur du vainqueur, l’instrument de ses volontés, l’esclave qu’il doit nourrir. »

Jamais on n’en a autant payé, et on est en pleine faillite encore !

Dans un bel esprit libertarien il dénonce le contribuable :

« Une tribu ne consent jamais à payer des impôts tant qu’elle ne se résigne pas aux humiliations. Les impôts et les contributions sont un fardeau déshonorant, qui répugne aux esprits fiers. Tout peuple qui aime mieux payer un tribut que d’affronter la mort a beaucoup perdu de cet esprit de corps qui porte à combattre ses ennemis et à faire valoir ses droits. »

Ibn Khaldun rappelle le péril des conquêtes arabes :

« Sous leur domination, la ruine envahit tout. Ajoutons que les Arabes négligent tous les soins du gouvernement ; ils ne cherchent pas à empêcher les crimes ; ils ne veillent pas à la sûreté publique ; leur unique souci c’est de tirer de leurs sujets de l’argent, soit par la violence, soit par des avanies. »

Mais d’un autre côté cette saine barbarie est garante d’une force vitale supérieure :

« Nous avons déjà dit que les nations à demi sauvages ont tout ce qu’il faut pour conquérir et pour dominer. Ces peuples parviennent à soumettre les autres, parce qu’ils sont assez forts pour leur faire la guerre et que le reste des hommes les regarde comme des bêtes féroces. »

Enfin la clé du génie arabe :

« Cette bande ne serait jamais assez forte pour repousser des attaques, à moins d’appartenir à la même famille et d’avoir, pour l’animer, un même esprit de corps. Voilà justement ce qui rend les troupes composées d’Arabes du désert si fortes et si redoutables ; chaque combattant n’a qu’une seule pensée, celle de protéger sa tribu et sa famille. L’affection pour ses parents et le dévouement à ceux auxquels on est uni par le sang font partie des qualités que Dieu a implantées dans le cœur de l’homme. »

Pour survivre et triompher il faut retrouver un génie familial, tribal et médiéval. Avis aux bons lecteurs.

Nicolas Bonnal

 

Ibn Khaldun, Prolégomènes, Livre Premier, 2nde section, De la civilisation chez les nomades, pp. 270-315 (sur classiques.uqac.ca)..

René dans les bras de Nature (Hulè, en grec) et de la forêt-mère, John va pouvoir combattre et traquer l’ennemi polymorphe ; le pépère moderne au lumbago actif et défaillant.

Demain, journée Rambo, veinards ! Nicolas Bonnal explique avec Platon les mystères de l’Ouest revu et corrigé par Sylvester Stallone (sylvestre, l’homme de la forêt). Sage en survie initiatique !!!

Vision froide déjà de l’espace : transport de matières premières. Sommeil engourdi des équipages. Fin de la poétique SF et de 2001? Capitalisme interstellaire triomphant. Crise aussi des années 70.

Et un extrait du livre pour dévoiler Apocalypse now, un !

La veine païenne de Coppola va s’affirmer dans les films suivants : Apocalypse now bien sûr, Rusty James et plus tard Dracula.

Apocalypse now offre de nombreux points de rencontre avec le paganisme – pas le néo-paganisme. Le bateau de Villard se nomme le « patrouilleur loubard », il n’obéit plus au… tout-puissant ! L’inspiration est de Conrad bien sûr, lui-même inspiré dans son Cœur des ténèbres par Homère et Virgile (et par qui d’autres voudriez-vous êtes inspiré ?). Ce beau roman d’aventures initiatiques critique le colonialisme, le progrès, la civilisation.

Coppola suit la trame des épopées gréco-romaines de la manière suivante : les playmates sont les comme les sirènes, les canoës sur le fleuve comme les barques des Enfers, Kurtz comme Pluton avec  quelque chose d’orphique tout de même.

Conrad a toujours aimé décrire aussi la folie – ou la stupidité imbibée de whisky – de l’homme blanc des colonies. Dans le supplément, le colon français explique que les Américains ont créée les Viêt-Cong pour lutter contre… les japonais. Coppola défend une colonisation enracinée et tellurique contre la conquête virtuelle de type américain.

 

Le film attaque la matrice américaine, sa foire, son Barnum et Disneyland (voir la lettre que reçoit le surfeur) tout en célébrant le Viet discret « qui n’a pas besoin de cirque et avale ses boulettes de rat ». On rarement été aussi dur pour le modèle de papa et maman.

Le caractère dérisoire devient caricatural au moment des playmates (les sirènes donc) qui montrent l’Amérique s’effondrer dans le stupre de sa révolution sexuelle et de sa pornographie de masse. TS Eliot cité à la fin du film voyait tout venir :

 

Nous sommes les hommes creux,

Les hommes fourrés

Appuyés les uns contre les autres

La caboche pleine de paille

 

A l’inverse Kurtz a proposé – avant de sombrer romantiquement dans la folie – un modèle de soldat tellurique, enraciné, frugal et motivé. Il est devenu l’objet de culte de la part de son peuple –et il est sacrifié comme le pauvre buffle à la fin, dans cette jungle philippine, dans ce temple bouddhiste où Villard apprend à renaître. La cruauté, le sang ici ne sont pas choquants. Ils font partie d’un rituel, d’une vision du monde. Même la tête de l’excellent cuisinier finit par prendre tout son sens. Kurtz transforme Villard en grand sacrificateur, il veut être tué. A ses côtés le baba cool incarne la génialité naïve de cette époque qui adorait tout à sa manière décalée et déphasée. On sait la part maintenant que prirent les services secrets américains dans l’orientation de cette jeunesse vers la dérive des drogues et de l’errance. Ken Kesey qui écrivit le Vol au-dessus d’un nid de coucous, hommage bizarre à l’indianité et au rebelle selon Jünger, essayait au début des années 60 des drogues pour les programmes de la CIA (lire Estulin, le Tavistock Institute).

A la fin du film – qui s’est un peu fait attendre, le cirque américain prenant parfois trop d’ampleur -, le manifeste païen devient littéraire. Kurtz lit le poème de TS Eliot, chrétien nihiliste et eschatologique, sur la Fin de Hommes, devenus des Hommes creux (Hollow men), la caboche pleine de paille. Le baba cool reprend dans son rapide monologue la fin du texte cette idée géniale d’un fin du monde qui se termine pas dans un boom, dans un murmure – plus exactement dans un pleurnichement.

Citons l’original – un anglais si facile :

 

This is the way the world ends

This is the way the world ends

This is the way the world ends

Not with a bang but a whimper.

 

Pas dans un boum dans un pleurnichement.

Dans cette belle scène d’illumination intellectuelle, qui échappe presque à tout le monde, un lent panoramique découvre deux classiques : le Rameau d’or de sir John Frazer, d’inspiration comme on sait virgilienne. Frazer aime le thème du sacrifice du dieu pour la moisson. Et on a un ouvrage plus discret, Du Rituel à la Romance de Jessie Weston, titre inspirateur pour toute l’industrie du cinéma… On sait que ces deux titres arthuriens ont inspiré l’autre grand poème d’Eliot, the Waste Land, la terre gaste, titre qu’il a bien pris à notre littérature du Graal.

La dimension déjantée du film (le colonel sadique et surfeur Kilgore), Wagner (qui déjà accompagnait les attaques allemandes), le chaos continu et progressif contiennent une dimension d’Endkampf.

Dans le film tourné vingt ans après par l’épouse de Coppola sur ce tournage et ce projet insensés, Milius comparait Coppola à Hitler et lui-même à  Von Rundstedt ! Il faut se faire ami de l’horreur…

 

Comment prendre le marquis avec Sade

Le sadisme enfin exposé

 

Economie de marché, sadomasochisme, cruauté anti-pauvres, abolition des préjugés, antichristianisme, libération sexuelle, homosexualité, pédophilie, écœurement rhétorique, tout est déjà chez le Divin Marquis ! Sade est le modèle et l’inspirateur de notre planète cybernétique.

Pas question de perdre une minute alors.

 

Lisons donc sa philosophie dans le boudoir :

 

  • Sur nos éternels préjugés qui frappent les personnes pas libérées, filles surtout :

« Mais qu’elle ne revienne plus sur les préjugés de son enfance, menaces, exhortations, devoirs, vertus, religion, conseils, qu’elle foule tout aux pieds, qu’elle rejette et méprise opiniâtrement tout ce qui ne tend qu’à la renchaîner, tout ce qui ne vise point, en un mot, à la livrer au sein de l’impudicité (p.44).»

 

  • Sur la postmoderne et surtout nécessairement rebelle Jeune Fille :

« Jeunes filles trop longtemps contenues dans les liens absurdes et dangereux d’une vertu fantastique et d’une religion dégoûtante, imitez l’ardente Eugénie, détruisez, foulez aux pieds, avec autant de rapidité qu’elle, tous les préceptes ridicules inculqués par d’imbéciles parents (p.4). »

 

  • Sur les délices de la bisexualité :

« …les délices de Sodome lui sont aussi chers comme agent que comme patient ; il n’aime que les hommes dans ses plaisirs, et si quelquefois néanmoins il consent à essayer les femmes, ce n’est qu’aux conditions qu’elles seront assez complaisantes pour changer de sexe avec lui (p.7). »

 

  • Sur la logique du viol. A transmettre aux suédoises ou aux jeunes allemandes : c’est la doctrine Merkel. On ne se refuse pas au conquérant violeur et bienvenu quand on est féministe ou libérée.

« … Le premier mouvement de concupiscence qu’éprouve une jeune fille, est l’époque que la nature lui indique pour se prostituer, et sans aucune autre espèce de considération, elle doit céder dès que sa nature parle ; elle en outrage les lois si elle résiste (p.163). »

 

Menu fretin. Sade justifie ensuite viols, pédophilie, consommation d’enfants. On se croirait à Marrakech ou Negombo. La saison est ouverte dans les luxueuses colonies pédophiles qui prospèrent aux quatre coins de la planète. Il faut reconnaître (et Sade nous le rappelle à propos en connaisseur) que les mœurs de Retz ou du grand Condé (et de ses favoris) n’étaient pas tristes non plus. Mais on ne se refait pas.

 

– Sur les destructions créatrices, prétendument venues de Schumpeter, sujet qui obsède les néo-libéraux (le Grand Remplacement en fait partie, lisez en fin la prose du copain de ce pape Sutherland) :

 

« Ces vérités une fois admises, je demande si l’on pourra jamais avancer que la destruction soit un crime… La destruction étant une des premières lois de la nature, rien de ce qui détruit ne saurait être un crime (p.64). »

 

Sade encense aussi la guerre (comme ce pauvre illuminé de Maistre) et la rapide destruction de l’espèce humaine ; encore un sujet qui obsède nos élites militaires et politiques.

 

  • Sur nos bons « rebelles », nouveaux riches de la mondialisation qui défient les préjugés :

 

« …l’irréligion, l’impiété, l’inhumanité, le libertinage découlent des lèvres de Dolmancé, comme autrefois l’onction mystique, de celles du célèbre archevêque de Cambrai ; c’est le plus profond séducteur, l’homme le plus corrompu, le plus dangereux…p.11) »

 

– Sur les progrès déjà bien relatifs de la science :

 

« Le mot technique est couilles,… testicules est celui de l’art. Ces boules renferment le réservoir de cette semence prolifique dont je viens de te parler, et dont l’éjaculation dans la matrice de la femme, produit l’espèce humaine ; mais nous appuierons peu sur ces détails, Eugénie, plus dépendants de la médecine que du libertinage (p.22). »

 

– Voici comment Sade baptise ses chères prostituées :

 

« les putains… Voilà les femmes vraiment aimables, les seules véritablement philosophes (p.31) ! »

 

La femme libérée a ensuite pour obligation, pour contrainte morale et même juridique de ne pas se refuser au libertin. Se libérer c’est se rendre esclave, Sade le souligne deux siècles avant Orwell revenu d’illusions bien plus naïves. Et comme il est interdit d’interdire, il est interdit d’interdire le viol, le meurtre, le génocide. Nos élites ne s’en privent pas, tout cela étant barbouillé à la sauce humanitaire.

 

  • Sur le révisionnisme antichrétien et antisémite, proche de celui de Voltaire :

… c’est dans le sein d’une putain juive ; c’est au milieu d’une étable à cochons que s’annonce le dieu qui vient sauver la terre ; voilà la digne extraction qu’on lui prête ; mais son honorable mission nous dédommagera-t-elle (p.35) » ?

 

  • Sur l’art de traiter le pauvre et le droit du travail, spécialité de la mondialisation et du socialisme à la française :

 

« J’entends de toutes parts demander les moyens de supprimer la mendicité, et l’on fait pendant ce temps-là tout ce qu’on peut pour la multiplier. Voulez-vous ne pas avoir de mouches dans une chambre, n’y répandez pas de sucre pour les attirer. Voulez-vous ne pas avoir de pauvres en France, ne distribuez aucune aumône, et supprimez surtout vos maisons de charité : l’individu né dans l’infortune, se voyant alors privé de ces ressources dangereuses, emploiera tout le courage, tous les moyens qu’il aura reçus de la nature, pour se tirer de l’état où il est né, il ne vous importunera plus…(p.39) »

 

Pas la peine de parler au marquis de l’abolition de Schengen après cela.

 

  • Sade ajoute sur le génocide bienveillant et sur l’avortement pour tous :

 

« …détruisez, renversez sans aucune pitié ces détestables maisons où vous avez l’effronterie de receler les fruits du libertinage de ce pauvre, cloaques épouvantables vomissant chaque jour dans la société un essaim dégoûtant de ces nouvelles créatures qui n’ont d’espoir que dans votre bourse ; à quoi sert-il, je le demande, que l’on conserve de tels individus avec tant de soin ? A-t-on peur que la France ne se dépeuple ? Ah ! n’ayons jamais cette crainte ! Un des premiers vices de ce gouvernement consiste dans une population beaucoup trop nombreuse, et il s’en faut bien que de tels superflus soient des richesses pour l’État (p.39). »

 

Ces phrases annoncent le « devoir de dépeupler » du nazisme (vingt-huit millions de russes en moins, programme toujours en attente pour le Pentagone) mais aussi le contrôle malthusien des naissances. Car un bon pauvre est un pauvre mort. Et comme il y en a quelques milliards, les gouvernements mondialistes aux ordres auront du travail aux quatre coins de la planète. Le « Grand Remplacement » des seuls vieux blancs lâches et fatigués n’y suffira pas.

 

Notre prestigieux penseur libéral-libertaire n’en reste pas là. Comme le très inspiré Fig-Mag, il donne en exemple la Chine et l’Asie :

 

« Là, tout le monde travaille, là, tout le monde est heureux, rien n’altère l’énergie du pauvre, et chacun y peut dire comme Néron : Quid est pauper (p.40)?»

 

Sur la libération sexuelle et la libération de ces « préjugés » qui tant insupportent nos maîtres, le marquis est aussi très bon. On l’écoute :

 

« …brise le joug s’il veut t’asservir, plus d’une fille a agi de même avec son père. Fous, en un mot, fous, c’est pour cela que tu es mise au monde ; aucunes bornes à tes plaisirs, que celles de tes forces ou de tes volontés ; aucune exception de lieux, de temps et de personnes ; toutes les heures, tous les endroits, tous les hommes doivent servir à tes voluptés… »

 

La barbarie sadique débouche sur la guerre libérale de tous contre tous, programme qui fait fureur actuellement :

 

« À la bonne heure, le plus fort seul aura raison. Eh bien ! voilà l’état primitif de guerre et de destruction perpétuelles pour lequel sa main nous créa, et dans lequel seul il lui est avantageux que nous soyons (p.83). »

 

 

Il ne vous reste qu’à prendre le Marquis et vous rappeler sa leçon sur la cruauté !

« La cruauté est dans la nature, nous naissons tous avec une dose de cruauté que la seule éducation modifie ; mais l’éducation n’est pas dans la nature, elle nuit autant aux effets sacrés de la nature que la culture nuit aux arbres… la cruauté n’est autre chose que l’énergie de l’homme que la civilisation n’a point encore corrompue… »

 

Et n’oublions que nous sommes en république, dans leur république qui lutte contre les préjugés et qui, fondée dans la haine antichrétienne et dans la Terreur (elle a donné le mot terroriste d’ailleurs au lexique moderne, leur république robespierriste) adore la violence. Le marquis énonce alors son idéal citoyen :

 

« la fierté du républicain demande un peu de férocité ; s’il s’amollit, son énergie se perd, il sera bientôt subjugué… une nation déjà vieille et corrompue, qui courageusement secouera le joug de son gouvernement monarchique pour en adopter un républicain, ne se maintiendra que par beaucoup de crimes (p.176) ».

La république doit demeurer violente !

« … elle est déjà dans le crime ; et si elle voulait passer du crime à la vertu, c’est-à-dire d’un état violent dans un état doux, elle tomberait dans une inertie dont sa ruine certaine serait bientôt le résultat (p.176). ».

 

Rien de tel qu’un petit attentat pour réveiller les inertes donc.

Et puisqu’il me faut conclure, je dirai d’un ton plus dantesque : « lasciate ogni speranza, voi ch’entrate. »

 

Abandonnez toute espérance, vous qui entrez donc dans la mondialisation…

 

Références principales

 

DAF de Sade – La philosophie dans le boudoir ; Justine ou les malheurs de la vertu (sur ebooksgratuits.com)

Dufour, L’individualisme méthodologique : examen critique

Houellebecq – Rester vivants, Flammarion

Nicolas Bonnal – Stanley Kubrick et le génie du cinéma ; Littérature et conspiration (Amazon.fr)

Dante- Inferno