Le Candide de Voltaire et la résistance à la matrice

 

Un lecteur catholique me demande bien gentiment comment résister à la matrice. La réponse est simple : couper sa télé, retirer l’argent de la banque, cultiver son jardin comme sa famille, faire des enfants quand on le peut, bref se réconcilier avec la réalité de terrain, car elle existe encore, sauf pour Baudrillard qui regardait trop la télé.  Le système ne doit pas être combattu ; il est assez grand pour ça rappelle Philippe Grasset, il bouillonne dans son autodissolution imbécile. Il faut aussi maîtriser son accès au web et ne pas se laisser démoraliser par certains sites antisystèmes qui deviennent pires que le système. Pour le système la manipulation du catastrophisme antisystème est excellente pour décourager les gens et les manipuler. Dans mon livre sur Tolkien j’ai souvent insisté sur le père de Sam le jardinier qui ignore le grand combat que lui explique mal son fils et cherche à protéger ses patates et ses salades. Car l’important est là.

Comme il a raison !

Mais Voltaire nous avait tout dit dans son immortel et scolaire Candide à l’issue d’un voyage mondialiste bien terrifiant (ceux qui se plaignent feraient bien de relire le conte et le récit de la vieille par exemple).

On écoute ce maître qui, disait Borges, écrit la plus belle prose du monde :

 

« Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss, Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d’orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu’on venait d’étrangler. »

 

Après le coup de génie dans la simplicité :

« Je n’en sais rien, répondit le bonhomme, et je n’ai jamais su le nom d’aucun muphti ni d’aucun vizir. J’ignore absolument l’aventure dont vous me parlez ; je présume qu’en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent ; mais je ne m’informe jamais de ce qu’on fait à Constantinople ; je me contente d’y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. »

 

L’étendue de la terre importe peu. Ce qui importe c’est le travail familial :

 

« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? Je n’ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin. »

 

Il faut cultiver son jardin, ajoute Candide dans une phrase peu comprise (et appliquée).

Et il faut refuser l’information industrielle. La Bruyère traduisant Théophraste, auteur des caractères et disciple grec d’Aristote, écrit dans ses caractères :

 

« De là il se jette sur ce qui se débite au marché, sur la cherté du blé, sur le grand nombre d’étrangers qui sont dans la ville ; il dit qu’au printemps, où commencent les Bacchanales, la mer devient navigable ; qu’un peu de pluie serait utile aux biens de la terre, et ferait espérer une bonne récolte ; qu’il cultivera son champ l’année prochaine, et qu’il le mettra en valeur ; que le siècle est dur, et qu’on a bien de la peine à vivre. »

 

Le bon chrétien rajoutera à ces trois classiques notre bon Cassien qui nous explique comment résoudre nos problèmes psychologiques en temps de guerre ou de paix : voyez mon livre à ce sujet.

 

Bibliographies

 

Voltaire – Candide

Cassien – Institutions

Bonnal – Les secrets de Cassien (Amazon.fr)

La Bruyère – Caractères

 

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« Qui ne fait de châteaux en Espagne? »(La Fontaine). Ici un parador à 66 euros. Suivez le guide, Nicolas Bonnal.

http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/laitiere.htm

 

Découvrez ce saint homme qui créa les paradors espagnols et enchanta la terre sainte du touriste initiatique… A l’ère du simulacre il faut simuler le sacre.

https://es.wikipedia.org/wiki/Benigno_de_la_Vega-Incl%C3%A1n

 

Arte a bien filmé les lieux de tournage du Seigneur des anneaux ; découvrez-les et redécouvrez le dernier gardien du Graal avec Nicolas Bonnal…

https://www.arte.tv/fr/videos/058355-001-A/terres-de-cinema/

Pour comprendre la mondialisation et sa dimension totalitaire et contre-initiatique, découvrez pour trois euros les prophétiques territoires protocolaires (éditions Michel de Maule)

https://www.amazon.fr/territoires-protocolaires-Nicolas-Bonnal/dp/2876230984/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1513528485&sr=8-1&keywords=territoires+protocolaires

La devise de Nicolas Bonnal (ici à Cordoue devant son maître) : « Id agamus ut meliorem vitam sequamur quam vulgus, non ut contrariam. »

mener une vie meilleure que l’auditeur de Gaga, pas contraire. Tiens, un peu de rab :

Pourquoi Sénèque nous conseille de ne pas nous plaindre de notre époque

 

 

Nicolas Bonnal rappelle souvent à ses preux et chevronnés et plus trop rares lecteurs pourquoi un certain présent perpétuel se manifeste dans le temps des pêcheurs – ou des crétins.

Alors on lit notre grand homme.

 

Tu te trompes, cher Lucilius, si tu regardes comme un vice propre à notre siècle la soif du plaisir, l’abandon des bonnes mœurs et autres désordres que chacun reprocha toujours à ses contemporains. Tout cela tient aux hommes, non aux temps ; aucune époque n’a été pure de fautes.

Erras, mi Lucili, si existimas nostri saeculi esse vitium luxuriam et neglegentiam boni moris et alia quae obiecit suis quisque temporibus: hominum sunt ista, non temporum.

 

La lettre XCVII (sur wikisource)…

 

Mot à mot, pour mes latinistes débutants :

 

Tu te trompes, cher Lucilius, Erras, mi Lucili,

si tu regardes comme un vice propre à notre siècle si existimas nostri saeculi esse vitium

la soif du plaisir, l’abandon des bonnes mœurs et autres désordres vitium luxuriam et neglegentiam boni moris et alia

 

que chacun reprocha toujours à ses contemporains. quae obiecit suis quisque temporibus

 

Tout cela tient aux hommes, non aux temps ; hominum sunt ista, non temporum.

 

aucune époque n’a été pure de fautes. Nulla aetas vacavit a culpa…

Nicolas Bonnal, pensez-vous que le QI des Français a baissé depuis le début de la semaine ? – Oui, parce que tout le monde ne me lit pas.