Victor Hugo et les deux ambitions

 

C’est dans Napoléon le petit, sujet d’actu. Découvrez cette œuvre olympienne chez ebooksgratuits.com (on ne les félicitera jamais assez).

 

 

« Ses partisans le mettent volontiers en parallèle avec son oncle, le premier Bonaparte. Ils disent : « L’un a fait le 18 brumaire, l’autre a fait le 2 décembre ; ce sont deux ambitieux. » Le premier Bonaparte voulait réédifier l’empire d’occident, faire l’Europe vassale, dominer le continent de sa puissance et l’éblouir de sa grandeur, prendre un fauteuil et donner aux rois des tabourets, faire dire à l’histoire : Nemrod, Cyrus, Alexandre, Annibal, César, Charlemagne, Napoléon, être un maître du monde. Il l’a été. C’est pour cela qu’il a fait le 18 brumaire. Celui-ci veut avoir des chevaux et des filles, être appelé monseigneur, et bien vivre. C’est pour cela qu’il a fait le 2 décembre. Ce sont deux ambitieux ; la comparaison est juste. »

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Jules César et la Gaule de Clochemerle

 

 

 

Ah, les Gallois…

Prenez le livre VI de la Guerre des Gaules, chapitres 11 et 12.

«  Au point où l’on est arrivé, il n’est pas sans doute hors de propos de parler des mœurs de la Gaule et de la Germanie, et de la différence qui existe entre ces deux nations. Dans la Gaule, ce n’est pas seulement dans chaque ville, dans chaque bourg et dans chaque campagne qu’il existe des factions, mais aussi dans presque chaque famille : ces factions ont pour chefs ceux qu’on estime et qu’on juge les plus puissants ; c’est à leur volonté et à leur jugement que sont soumises la plupart des affaires et des résolutions. »

Et Jules César d’expliquer pourquoi :

« La raison de cet antique usage paraît être d’assurer au peuple une protection contre les grands : car personne ne souffre que l’on opprime ou circonvienne ses clients ; si l’on agissait autrement, on perdrait bientôt tout son crédit. Ce même principe régit souverainement toute la Gaule : car toutes les cités sont divisées en deux partis »

Le peuple gaulois veut de la sécurité, de la nourriture, de la protection, donc le peuple devient esclave ; tout cela deux mille ans avant Tocqueville, qui ne se faisait guère d’illusions sur la capacité des Français à résister à la montée en puissance de la modernité étatique.

Mais restons-en à nos divisions évoquées plus haut. Dans le latin de César qu’on a tous étudié en troisième (ce n’est ni Salluste ni Tacite), cela donne :

« Haec eadem ratio est in summa totius Galliae: namque omnes civitates in partes divisae sunt duas ».

 

Le grand homme poursuit avec humour :

« Lorsque César vint dans la Gaule, les Héduens étaient les chefs d’une de ces factions, les Séquanes, ceux de l’autre. Cum Caesar in Galliam venit, alterius factionis principes erant Aedui, alterius Sequani. »

Et là cela devient carrément du Astérix :

« L’arrivée de César changea la face des choses : les Héduens reprirent leurs otages, recouvrèrent leurs anciens clients, en acquirent de nouveaux par le crédit de César, parce qu’on voyait que ceux qui entraient dans leur amitié jouissaient d’une condition meilleure et d’un gouvernement plus doux ; et ils obtinrent dans tout le reste un crédit et un pouvoir qui firent perdre aux Séquanes leur prépondérance.  À ceux-ci avaient succédé les Rèmes ; lorsqu’on remarqua que leur faveur auprès de César égalait celle des Héduens, ceux que d’anciennes inimitiés empêchaient de s’unir à ces derniers se ralliaient à la clientèle des Rèmes, qui les protégeaient avec zèle pour conserver le nouveau crédit qu’ils avaient si rapidement acquis. Tel était alors l’état des choses que les Héduens avaient, sans contredit, le premier rang parmi les Gaulois, et que les Rèmes occupaient le second. »

On répète encore en latin :

« Eo tum statu res erat, ut longe principes haberentur Aedui, secundum locum dignitatis Remi obtinerent. »

Le Clochemerle des Gaulois, c’est tout de même quelque chose !

 

Vivre comme si nous n’avions rien à cacher (par Sénèque, XLIII)

 

LETTRE XLIII.

Vivre comme si l’on était sous les yeux de tous. – La conscience.

Tu me demandes comment cela est venu jusqu’à moi ; qui m’a pu dire ta pensée

que tu n’avais dite à personne ? « Celle qui sait tant de choses : la renommée. » Quoi !

diras-tu, suis-je assez important pour mettre la renommée en émoi ? – Ne te mesure pas

sur l’endroit où je suis, mais sur celui que tu habites. Qui domine ses voisins est grand

où il domine. La grandeur n’est pas absolue : elle gagne ou perd par comparaison. Tel

navire, grand sur un fleuve, est fort petit en mer ; le même gouvernail, trop fort pour tel

navire, est exigu pour tel autre. Toi aujourd’hui, tu as beau te rapetisser, tu es grand

dans ta province : tes actions, tes repas, ton sommeil, on épie, on sait tout. Tu n’en dois

que mieux t’observer dans ta conduite. Mais ne t’estime heureux que le jour où tu

pourrais vivre sous les yeux du public, où tes murailles te défendraient sans te cacher,

ces murailles que presque tous nous croyons faites moins pour abriter nos personnes

que pour couvrir nos turpitudes. Je vais dire une chose qui peut te faire juger de nos

moeurs : à peine trouverais-tu un homme qui voulût vivre portes ouvertes. C’est la

conscience plutôt que l’orgueil qui se retranche derrière un portier. Nous vivons de telle

sorte que c’est nous prendre en faute que de nous voir à l’improviste. Mais que sert de

chercher les ténèbres, de fuir les yeux et les oreilles d’autrui ? Une bonne conscience

défierait un public ; une mauvaise emporte jusque dans la solitude ses angoisses et ses

alarmes. Si tes actions sont honnêtes, qu’elles soient sues de tous ; déshonorantes,

qu’importe que nul ne les connaisse ? tu les connais, toi. Que je te plains, si tu ne tiens

pas compte de ce témoin-là !

 

De Sénèque contre les voyages (pour notre ami Israel Shamir !)

 

 

 

Notre auteur se déchaîne contre les voyages dans quatre lettres à Lucilius. Pour lui la mobilité, l’activité voyageuse est liée à l’inconstance spirituelle. Le voyage gesticulant est aussi périlleux que la lecture cursive. Dès le début de ses lettres à Lucilius, le grand  Sénèque met un point d’honneur à attaquer le monde moderne.

Extraits :

Lettre II

« Ce que tu m’écris et ce que j’apprends me fait bien espérer de toi. Tu ne cours pas çà et là, et ne te jettes pas dans l’agitation des déplacements. Cette mobilité est d’un esprit malade. Le premier signe, selon moi, d’une âme bien réglée, est de se figer, de séjourner avec soi. Or prends-y garde : la lecture d’une foule d’auteurs et d’ouvrages de tout genre pourrait tenir du caprice et de l’inconstance. Fais un choix d’écrivains pour t’y arrêter et te nourrir de leur génie, si tu veux y puiser des souvenirs qui te soient fidèles. C’est n’être nulle part que d’être partout. Ceux dont la vie se passe à voyager finissent par avoir des milliers d’hôtes et pas un ami. »

 

Un peu de latin :

 

« Nusquam est qui ubique est. Vitam in peregrinatione exigentibus hoc evenit, ut multa hospitia habeant, nullas amicitias. »

 

Sénèque confond peut-être le voyage avec la recherche d’un équilibre perdu (Siddhârta ?). C’est une définition préromantique qui convenait aux voyages de l’ancienne jeunesse. Mais le tourisme est moins que cela. La critique ici ne passe pas, mais nous la diffusons pour sa beauté :

 

Lettre XXVIII

 

« Tu cours çà et là pour rejeter le faix qui te pèse ; et l’agitation même le rend plus insupportable. Ainsi sur un navire une charge immobile est moins lourde : celle qui roule par mouvements inégaux fait plus tôt chavirer le côté où elle porte. Tous tes efforts tournent contre toi, et chaque déplacement te nuit : tu secoues un malade. Mais, le mal extirpé, toute migration ne te sera plus qu’agréable. Qu’on t’exile alors aux extrémités de la terre ; n’importe en quel coin de pays barbare on t’aura cantonné, tout séjour te sera hospitalier. »

 

Lettre LXIX

 

« Je n’aime pas à te voir changer de lieux et voltiger de l’un à l’autre. D’abord de si fréquentes migrations sont la marque d’un esprit peu stable. La retraite ne lui donnera de consistance que s’il cesse d’égarer au loin ses vues et ses pensées. Pour contenir l’esprit, commence par fixer le corps, autre fugitif (Ut animum possis continere, primum corporis tui fugam siste) ; et puis c’est la continuité des remèdes qui les rend surtout efficaces ; n’interromps point ce calme et cet oubli de ta vie antérieure ».

 

J’ajoute ces phrases sublimes sur le refus de la possession visuelle (et c’était avant les selfies…) :

 

« Laisse à tes yeux le temps de désapprendre, et à tes oreilles de se faire au langage de la raison, sine dediscere oculos tuos, sine aures assuescere sanioribus verbis.Dans chacune de tes excursions, ne fût-ce qu’en passant, quelque objet propre à réveiller tes passions viendra t’assaillir. »

 

Le voyage ne contente qu’enfant. Le tourisme comme activité puérile ? Il crée mal-être, volonté de fuite et saturation…

 

Lettre CIV

 

« Jamais changement de climat a-t-il en soi profité à personne ? Il n’a pas calmé la soif des plaisirs, mis un frein aux cupidités, guéri les emportements, maîtrisé les tempêtes de l’indomptable amour, délivré l’âme d’un seul de ses maux, ramené la raison, dissipé l’erreur. Mais comme l’enfant s’étonne de ce qu’il n’a jamais vu, pour un moment un certain attrait de nouveauté nous a captivés. Du reste l’inconstance de l’esprit, alors plus malade que jamais, s’en irrite encore, plus mobile, plus vagabonde par l’effet même du déplacement. Aussi les lieux qu’on cherchait si ardemment, on met plus d’ardeur encore à les fuir et, comme l’oiseau de passage, on vole plus loin, on part plus vite qu’on n’était venu. »

 

Une seule solution pour progresser :

 

« C’est à l’étude qu’il faut recourir et aux grands maîtres de la sagesse, pour apprendre leurs découvertes, pour rechercher ce qui reste à trouver. Ainsi l’âme se rachète de son misérable esclavage et ressaisit son indépendance. »

 

Et la belle sentence sur notre vie comme quête de guérison (il faut se guérir d’être né si imparfait). Ce n’est pas très nietzschéen, mais c’est stoïcien :

 

 

« Tu t’étonnes de fuir en vain ? Ce que tu fuis ne t’a pas quitté. C’est à toi-même à te corriger ; rejette ce qui te pèse et mets à tes désirs au moins quelque borne. Purge ton âme de toute iniquité : pour que la traversée te plaise, guéris l’homme qui s’embarque avec toi. »

 

 

Sources

 

Nicolas Bonnal – Le livre noir de la décadence romaine (Amazon.fr) ; les voyageurs éveillés ; apocalypse touristique.

Sénèque – lettres à Lucilius

 

Comment le philosophe Sénèque célèbre Dieu (XLI)

 

 

Il n’est pas besoin d’élever les mains vers le ciel, ni de gagner le gardien d’un temple pour qu’il nous introduise jusqu’à l’oreille de la statue, comme si de la sorte elle pouvait mieux nous entendre ; il est près de toi le Dieu, il est avec toi, il est en toi. Oui, Lucilius, un esprit saint réside en nous (sacer intra nos spiritus sedet), qui observe nos vices et veille sur nos vertus, qui agit envers nous comme nous envers lui. Point d’homme de bien qui ne l’ait avec soi. Qui donc, sans son appui, pourrait s’élever au-dessus de la Fortune ? C’est lui qui inspire les grandes et généreuses résolutions. Dans chaque âme vertueuse il habite…(In unoquoque virorum bonorum [quis deus incertum est] habitat deus).

 

Quel dieu ? Nul ne le sait, mais il habite un dieu.

 

S’il s’offre à tes regards un de ces bois sacrés peuplé d’arbres antiques qui dépassent les

proportions ordinaires, où l’épaisseur des rameaux étagés les uns sur les autres te

dérobe la vue du ciel, l’extrême hauteur des arbres, la solitude du lieu, et ce qu’a

d’imposant cette ombre en plein jour si épaisse et si loin prolongée te font croire qu’un

Dieu est là. Et cet antre qui, sur des rocs profondément minés, tient une montagne

suspendue, cet antre qui n’est pas de main d’homme, mais que des causes naturelles ont

creusé en voûte gigantesque ! ton âme toute saisie n’y pressent-elle pas quelque haut

mystère religieux ? Nous vénérons la source des grands fleuves ; au point où tout à

coup de dessous terre une rivière a fait éruption on dresse des autels ; toute veine d’eau

thermale a son culte, et la sombre teinte de certains lacs ou leurs abîmes sans fond les

ont rendus sacrés. Et si tu vois un homme que n’épouvantent point les périls, pur de

toute passion, heureux dans l’adversité, calme au sein des tempêtes, qui voit de haut les

hommes et à son niveau les dieux, tu ne seras point pénétré pour lui de vénération ! Tu

ne diras point : Voilà une trop grande, une trop auguste merveille pour la croire

semblable à ce corps chétif qui l’enferme ! Une force divine est descendue là (Vis isto divina descendit). Cette âme supérieure, maîtresse d’elle-même, qui juge que toute chose est au-dessous d’elle et qui passe, se riant de ce que craignent ou souhaitent les autres, elle est mue par une puissance céleste. Un tel être ne peut se soutenir sans la main d’un Dieu : aussi tient-il par la meilleure partie de lui-même au lieu d’où il est émané. Comme les rayons du soleil, bien qu’ils touchent notre sol, n’ont point quitté le foyer qui les lance ; de même

cette âme sublime et sainte, envoyée ici-bas pour nous montrer la divinité de plus près,

se mêle aux choses de la terre sans se détacher du ciel sa patrie. Elle y est suspendue,

elle y regarde, elle y aspire, elle vit parmi nous comme supérieure à nous…

« Romanus sum » inquit, « civis; C. Mucium vocant. Hostis hostem occidere volui, nec ad mortem minus animi est, quam fuit ad caedem; et facere et pati fortia Romanum est.

Autorisé par le sénat, il cache un poignard sous ses vêtements, et part. (6) Dès qu’il est arrivé, il se jette dans le plus épais de la foule qui se tenait près du tribunal de Porsenna. (7) On distribuait alors la solde aux troupes ; un secrétaire était assis près du roi, vêtu à peu près de la même manière, et, comme il expédiait beaucoup d’affaires, que c’était à lui que les soldats s’adressaient, Mucius, craignant que s’il demandait qui des deux était Porsenna, il ne se fît découvrir en laissant voir son ignorance, s’abandonna au caprice de la fortune, et tua le secrétaire au lieu du prince. (8) Il se retirait au milieu de la foule effrayée, s’ouvrant un chemin avec son fer ensanglanté, lorsque, au cri qui s’éleva au moment du meurtre, les gardes du roi accoururent, le saisirent, et le menèrent devant le tribunal. Là, sans défense et au milieu des plus terribles menaces du destin, bien loin d’être intimidé, il était encore un objet de terreur. (9) « Je suis un citoyen romain, dit-il ; on m’appelle Gaius Mucius. Ennemi, j’ai voulu tuer un ennemi, et je ne suis pas moins prêt à recevoir la mort que je ne l’étais à la donner. Agir et souffrir en homme de cœur est le propre d’un Romain. (10) Et je ne suis pas le seul que ces sentiments animent. Beaucoup d’autres, après moi, aspirent au même honneur. Apprête-toi donc, si tu crois devoir le faire, à combattre pour ta vie à chaque heure du jour. Tu rencontreras un poignard et un ennemi jusque sous le vestibule de ton palais. (11)Cette guerre, c’est la jeunesse de Rome, c’est nous qui te la déclarons. Tu n’as à craindre aucun combat, aucune bataille. Tout se passera de toi à chacun de nous. »

(12) Alors le roi, tout à la fois enflammé de colère et épouvanté du danger qu’il court, ordonne que Mucius soit environné de flammes, et le menace de l’y faire périr s’il ne se hâte de lui découvrir le complot mystérieux dont il cherche à l’effrayer. (13) « Vois, lui répliqua Mucius, vois combien le corps est peu de chose pour ceux qui n’ont en vue que la gloire. » Et en même temps il pose sa main sur un brasier allumé pour le sacrifice, et la laisse brûler comme s’il eût été insensible à la douleur. Étonné de ce prodige de courage, le roi s’élance de son trône, et, ordonnant qu’on éloigne Mucius de l’autel : (14) « Pars, lui dit-il, toi qui ne crains pas de te montrer encore plus ton ennemi que le mien. J’applaudirais à ton courage s’il était destiné à servir ma patrie. Va, je n’userai point des droits que me donne la guerre : je te renvoie libre, ta personne est désormais inviolable. » (15) Alors Mucius, comme pour reconnaître tant de générosité : « Puisque tu sais, dit-il, honorer le courage, tu obtiendras de moi, par tes bienfaits, ce que tu n’as pu obtenir par tes menaces. Nous sommes trois cents, l’élite de la jeunesse romaine, qui avons juré ta mort. (16) Le sort m’a désigné le premier ; les autres viendront à leur tour, et tu les verras tous successivement, jusqu’à ce que l’un d’eux ait trouvé l’occasion favorable. »

Chesterton et les conspirations ploutocratiques en 1908

 

 

Les riches nous soumettent ?

On lit et on relit Chesterton, et son génial Nommé jeudi, publié en 1908, lisible sur Wikisource, qui décrit la situation que nous vivons, que nos anti-conspirateurs dénoncent :

 

« Vous partagez cette illusion idiote que le triomphe de l’anarchie, s’il s’accomplit, sera l’œuvre des pauvres. Pourquoi ? Les pauvres ont été, parfois, des rebelles ; des anarchistes, jamais. Ils sont plus intéressés que personne à l’existence d’un gouvernement régulier quelconque. Le sort du pauvre se confond avec le sort du pays. Le sort du riche n’y est pas lié. Le riche n’a qu’à monter sur son yacht et à se faire conduire dans la Nouvelle-Guinée. Les pauvres ont protesté parfois, quand on les gouvernait mal. Les riches ont toujours protesté contre le gouvernement, quel qu’il fût. Les aristocrates furent toujours des anarchistes ; les guerres féodales en témoignent. »

 

C’est qu’en effet les oligarques n’aiment guère obéir.

Dans son roman à clé sur la montée du communisme et de la mondialisation (tous aux mains d’une clique de banquiers), Chesterton, qui avait été révolté par la guerre des boers liée au diamant (Barnato, Rothschild, Cecil Rhodes et sa périlleuse Table Ronde), ajoute :

 

« Nous ne sommes pas des bouffons ; nous sommes des hommes qui luttons dans des conditions désespérées contre une vaste conspiration. Une société secrète d’anarchistes nous poursuit comme des lapins. Il ne s’agit pas de ces pauvres fous qui, poussés par la philosophie allemande ou par la faim, jettent de temps en temps une bombe ; il s’agit d’une riche, fanatique et puissante Église : l’Église du Pessimisme occidental, qui s’est proposé comme une tâche sacrée la destruction de l’humanité comme d’une vermine. »

 

Chesterton ajoute avec humour et fantaisie cette allusion à Cecil Rhodes et à la Table ronde – dont reparlera Carroll Quigley dans ses classiques :

 

« Voici son application à ces circonstances : la plupart des lieutenants de Dimanche sont des millionnaires qui ont fait leur fortune en Afrique du Sud ou en Amérique. C’est ce qui lui a permis de mettre la main sur tous les moyens de communication, et c’est pourquoi les quatre derniers champions de la police anti-anarchiste fuient dans les bois, comme des lièvres. »

 

Et comme aujourd’hui on accuse le mondialisme et le transhumanisme des maîtres du réseau (Google, Amazon, Facebook, Apple, GAFA, etc.), Chesterton dénonce les maîtres du rail :

 

« Mais permettez-moi de vous faire observer que la force de cette racaille est proportionnée à la nôtre et que nous ne sommes pas grand-chose, mon ami, dans l’univers soumis à Dimanche. Il s’est personnellement assuré de toutes les lignes télégraphiques, de tous les câbles. Quant à l’exécution des membres du Conseil suprême, ce n’est rien pour lui, ce n’est qu’une carte postale à mettre à la poste, et le secrétaire suffit à cette bagatelle. »

 

Bibliographie

Gilbert Keith Chesterton – Un nommé jeudi (wikisource)

Nicolas Bonnal –  Littérature et conspiration (Amazon.fr, Dualpha.com)