Gnosticisme et science-fiction : le point de vue de Ciremya

Gnosticisme et science-fiction : le point de vue de Ciremya

 

Ce texte extraordinaire me tourmente depuis des lustres. Un extrait :

 

1 Nous sommes sous la coupe d’extra-terrestres mal intentionnés !

1.1 La première vague, ou le projet Adam

Il est assez délicat de relater sereinement cette partie de l’histoire de l’Humanité car elle touche de très près de nombreuses croyances tant religieuses que scientifiques et pourrait avoir des conséquences importantes au cours des prochaines années.

Il y a très, très longtemps, le Dieu des dieux, le Grand Tout, l’Énergie Absolue, la Source, décida de démarrer le projet « Homme ». Il s’agissait d’expérimenter un nouveau type d’être au sein de la création : l’Homme. Il fit part de ce projet à son « conseil », encore appelé la Hiérarchie des Hiérarchies, constitué de dieux « opérationnels »

  1. A priori, ces dieux « opérationnels » sont pour la plupart des entités organiques, appartenant à différentes races extra-terrestres très évoluées d’un point de vue spirituel. Ils sont connus sous des appellations diverses : les Préserveurs, les Planificateurs, les Kadištus3. Certains de ces Planificateurs ont une « fréquence » vibratoire très élevée, et ne peuvent donc pas agir directement sur la matière, ce sont en quelque sorte de « purs esprits ». D’autre peuvent faire varier leur fréquence vibratoire, voyager entre les dimensions, et interagir dans le monde dans lequel nous vivons.

Ce projet « Homme » a été développé sur la planète Terre, il est connu sous le terme Namlu’u, ou Homme Primordial. Il existe malheureusement très peu d’informations à son sujet.

Puis un groupe de Gina’abul arriva sur Terre, et avec eux les ennuis. Ces Gina’abul sont des reptiles extraterrestres disposant d’une technologie évoluée (vaisseaux spatiaux classiques, utilisation de portes interstellaires type « Stargate », etc.). Comme tout groupe d’individus donné, il n’est pas homogène : apparence physique, intentions et niveau de sagesse. Néanmoins ils décidèrent au bout d’un certain temps de démarrer un nouveau projet humain : le projet « Adam », ce projet avait pour but de créer une autre race d’homme, différente de l’Homme Primordial. Le but des Gina’abul, ou Elohims, était double :

  1. bénéficier d’un ouvrier-esclave efficace et obéissant dans des travaux manuels, notamment pour des travaux d’irrigation et miniers ;
  2. bénéficier d’un être connecté à l’Énergie Absolue, au Père, au Dieu des dieux, à la Source en s’inspirant de ce qu’il connaissait de l’Homme Primordial.

Pour une raison inconnue, le Dieu des dieux et les Planificateurs laissèrent faire (bien évidemment, le Dieu des dieux est omnipotent et il aurait facilement pu empêcher cette initiative individuelle). Le projet « Adam » fut donc mené en « dehors » du Grand Tout, de la Source.

Il est alors légitime de se demander si cette action n’a pas été dirigée en sous-main par des Planificateurs rebelles qui auraient influencés une partie des G. Ce qui conduit mécaniquement à la question suivante : peut-il exister des Planificateurs rebelles ? est-il possible de se déconnecter d’un lien très fort à la Source ?

Les Elohims ont une « fréquence » vibratoire très élevée, et ne peuvent donc pas agir directement sur la matière, ce sont en quelque sorte de « purs esprits ». Pour mener à bien le projet Adam, ils ont du faire appel à des êtres avec qui ils pouvaient communiquer et qu’ils contrôlaient : les Annunakis5.

Il est difficile de retracer l’histoire des Annunakis qui participèrent au projet Adam car il faut remonter loin dans le passé. Il y a plusieurs millions d’années, une espèce marine semblable au dauphin actuel évolua vers un mode de vie terrestre. Cette nouvelle race de delphinidé se pourvut de l’équivalent de nos « mains », qui leur permirent de « créer », de construire. Cette évolution déplût à une partie des dauphins terrestres qui décidèrent alors de retourner dans le milieu marin, ce sont les dauphins actuels. Les autres poursuivirent leur évolution sur Terre et se développèrent technologiquement dans de nombreuses directions : manipulations génétiques, maîtrise du Vril (une énergie particulièrement puissante), méthodes efficientes pour rester jeune éternellement ou presque, voyages spatiaux. La majorité quitta alors la Terre pour d’autres horizons, ce sont les Annunakis. Ils furent alors « contactés» et manipulés par les Elohims rebelles, qui les persuadèrent de revenir sur Terre pour mettre au point, ensemble, l’homme. Ils promirent aux Annunakis que les futurs hommes seraient pour eux des esclaves, taillables et corvéables à merci. Ils leur fournirent l’ébauche du projet (ce que le Dieu des dieux avait créé), puis les Annunakis se mirent au travail. L’objectif était de faire en sorte que les humains ne puissent avoir conscience de la connexion Divine mise en place par le Dieu des dieux. Les Annunakis firent de l’homme une expérience de laboratoire, détériorèrent son ADN, le mixèrent sauvagement avec le leur, celui des cétacés, ainsi que celui d’un primate terrestre évolué, pour arriver à l’homme tel qu’il est actuellement, à savoir l’Homo Sapiens Sapiens. Dans le même temps, les Elohim rebelles créèrent une matrice magnétique (parfois appelé « l’astral »), qui empêche les âmes humaines de s’échapper du piège qu’est devenu la Terre lors de la mort physique (les âmes restent alors prisonnières dans l’astral jusqu’à leur prochaine incarnation). En effet, les Elohim rebelles n’obéissent plus aux lois du Père, et sont donc coupés de l’Energie Absolue, il devient alors vital pour eux de trouver une autre source d’énergie. Comme il n’y en a qu’une seule, le Dieu des dieux, il leur faut détourner une partie de cette Energie. Pour cela, ils utilisent l’homme : ce dernier est connecté au Dieu des dieux, mais n’utilise pas cette Lorsque l’homme fut prêt, les Annunaki l’utilisèrent comme prévu en tant qu’esclave. Mais les hommes devinrent de plus en plus nombreux, et les Annunakis finirent par disparaître (volontairement dans des vaisseaux spatiaux ? déluges bibliques ? Lémurie ? Atlantide ? à la suite de guerres contre les humains ?)

Il n’existe pas d’exemple de libération de ce redoutable piège au moment où l’âme est dans l’astral (mais cela ne signifie pas que c’est impossible), en revanche, la libération est possible au cours de la vie terrestre, comme l’a montré Bouddha, ainsi que Don Juan Matus, le guru de Carlos Castaneda :

 

« … Les sorciers mexicains d’autrefois furent les premiers à voir ces ombres et ils les suivirent partout.

Ils les voyaient comme tu les vois, et ils les voyaient également sous forme d’énergie circulant dans

l’univers. Et ils ont fait une incroyable découverte. »

Il se tut et me regarda. Ses pauses étaient toujours très étudiées et il savait me tenir en haleine.

« Qu’ont-ils découverts, don Juan ?

– Ils ont découverts que nous ne sommes pas seuls, me dit-il aussi clairement qu’il le put. Venu des

profondeurs du cosmos, un prédateur est là, qui toute notre vie nous maintient sous son emprise. Les

êtres humains sont prisonniers et ce prédateur est notre seigneur et maître. Il a su nous rendre faibles

et dociles. Il étouffe toute velléité de protestation ou d’indépendance et nous empêche d’agir librement.

(p. 264)

– Pourquoi ce prédateur exerce-t-il ce pouvoir sur nous comme vous le dites, don Juan ? Il doit y avoir

une explication logique !

– Il y a une explication, me répondit don Juan, qui est extrêmement simple. Ils nous tiennent sous leur

emprise parce que nous sommes leur source de subsistance. Ils ont besoin de nous pour se nourrir, et c’est pour cela qu’ils nous pressurent implacablement. Exactement comme nous qui élevons des

poulets pour les manger, ils nous élèvent dans des « poulaillers » humains pour ne jamais manquer de nourriture. (Le voyage définitif, p. 265)

 

Par des moyens relativement similaires (la discipline du mental, stopper le dialogue intérieur), ces deux hommes nous montrent comment ne pas respecter un contrat que nous n’avons pas signé, à savoir servir de garde-manger. Le cas du Christ est différend en ce sens qu’il n’est pas un être humain standard : il a été envoyé par la Source (c’est peut-être un Elohim relié à la Source, ou un Planificateur) sur Terre pour essayer de rétablir la situation, et relâcher les mailles de la Matrice. Lorsque Jésus Christ parle du Père, il fait donc référence au Dieu des dieux, et non pas à une entité de l’Ancien Testament. En effet, le dieu faussement monothéiste de l’Ancien Testament est en réalité un Elohim rebelle (Lucifer lui-même, ou bien d’autres de moindre envergure : Yahvé, El Shaddat) ou un Annunaki (les fils des Elohim…, Genèse, chapitre VI, versets 1 – 2). Cette confusion entre Lucifer et le Dieu des dieux a été soigneusement entretenue au cours des âges par les principales religions (catholicisme, protestantisme, islam, judaïsme). Ainsi les textes anciens sont délibérément cachés (bibliothèque du Vatican) ou détruits (les codex des civilisations d’Amérique du Sud par les missionnaires), et ceux qui restent traduits de manière volontairement fallacieuse…

 

Les identités secrètes du capitaine Nemo

par Ciremya Perenna

Épisode 2 (version 1.15)

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Techno-serfs, hackers et techno-lords

Techno-serfs, hackers et techno-lords

 

Extrait d’Internet, nouvelle voie initiatique, Les Belles Lettres, 2000, traduit en brésilien par l’institut Piaget. Pensez aux campeurs d’Amazon en Ecosse, à la fortune de qui l’on sait, pensez aussi à cette émergence d’un moyen âge sans Dieu auquel on assiste.

 

Si le programme de la nouvelle économie est la l’information pour tout le monde, la réalité est autre. Robert Reich avait déjà remarqué en 1990 que l’informatique ne nourrissait pas son homme. Il distingue une élite et des mainteneurs, chargés de vider ou de recharger les machines. L’assemblage des ordinateurs ne coûte guère non plus, quand il est fait au Mexique ou en Malaisie.

L’externalisation vers les pays les plus pauvres est contemporaine de cette explosion de richesses soudaines concentrée entre les mains de quelques-uns. 85 % de la croissance boursière américaine est restée entre les mains des 1% les plus riches de la population (il ne manquerait plus que cela, que la richesse se répande). En France même, paradis autoproclamé du socialisme, les richesses boursières ont décuplé en dix ans ; et pendant que les médias célèbrent les stock-options et les richesses en papier des créateurs de start-up, ils passent sous silence les difficultés de dix millions de personnes.

L’émergence d’une nouvelle économie techno-féodale qui distingue les information-rich et les information-poor (certes il ne suffit pas de se connecter au réseau et de cliquer pour être information rich) fait les délices des polémistes. Le gourou du management moderne Peter Drucker dénonce cette société qui fonctionne non plus à deux mais à dix vitesses : « Il y a aujourd’hui une attention démesurée portée aux revenus et à la richesse. Cela détruit l’esprit d’équipe. » Drucker comme Töffler, devraient se rappeler que Dante les mettrait au purgatoire en tant que faux devins ; ils font mine de découvrir que la pure compétition intellectuelle génère encore plus d’inégalités que la compétition physique. Les forts en maths deviennent milliardaires, les forts en thème rament, les forts tout court triment. C’est bien pour cela que les peuples dont les cultures symboliques sont les plus anciennes se retrouvent leaders de la Nouvelle Économie.

C’est encore un artiste, un écrivain de science-fiction, qui a le mieux décrit l’e-monde en train d’émerger, et qui disloque les schémas keynésiens archaïques. William Gibson, l’inventeur du cyberspace, imaginait en 1983 une société duale gouvernée par l’aristocratie des cyber-cowboys naviguant dans les sphères virtuelles. La plèbe des non-connectés était désignée comme la viande. Elle relève de l’ancienne économie et de la vie ordinaire dénoncée par les ésotéristes. La nouvelle élite vit entre deux jets et deux espaces virtuels, elle décide de la consommation de tous, ayant une fois pour toutes assuré le consommateur qu’il n’a jamais été aussi libre ou si responsable. Dans une interview diffusée sur le Net, Gibson, qui est engagé à gauche et se bat pour un Internet libertaire, dénonce d’ailleurs la transformation de l’Amérique en dystopie (trois millions de prisonniers, six millions de contrôlés,  quarante millions de travailleurs non assurés …). Lui-même souffre d’agoraphobie cyberspatiale et ne se connecte jamais ; mais il encourage les pauvres, l’underclass, à le faire pour oublier ou dépasser le cauchemar social américain ! Et de regretter que pendant les émeutes de Los Angeles les pauvres ne volassent pas d’ordinateurs, seulement des appareils hi-fi … Semblable à nos intellectuels, Gibson n’admet pas que les pauvres ne veuillent pas leur bien. Une classe de cyber-shérifs obligera sans doute un jour les pauvres et les autres à se connecter pour leur bien. Pour Michael Vlahos, dans la Byte City de l’an 2020 qu’il décrit sur le Web, les castes dirigeantes regrouperont les gens les mieux informés. Ce sont les brainlords.

Viennent ensuite les cyber-yuppies puis les cyber-serfs, le peuple perdu. L’inégalité n’est ici pas dénoncée avec des larmes de crocodiles, elle est au contraire encouragée et célébrée avec cynisme. Pendant longtemps les forts en thème et en maths n’ont pas été riches ; ils le deviennent avec le réseau, la technologie et le néocapitalisme qui ne récompense plus seulement les meilleurs, mais les plus intelligents. C’est à une domination néo-cléricale qu’il faut s’attendre maintenant. Les rois de l’algorithme vont détrôner les rois du pétrole. Les cours de bourse des technos seront plus forts que les cours du brut.

Les malchanceux ont un internaute fameux, Bill Lessard, qui dénonce cette nouvelle pauvreté de la nouvelle économie. Lessard évoque cinq millions de techno-serfs dans la Nouvelle Économie, qui sont à Steve Case ce que le nettoyeur de pare-brise de Bogota est au patron de la General Motors. Dans la pyramide sociale de Lessard, qui rappelle celle du film Blade Runner (le roi de la biomécanique trône au sommet pendant que les miséreux s’entassent dans les rues), on retrouve les « éboueurs » qui entretiennent les machines, les travailleurs sociaux ou webmasters, les « codeurs » ou chauffeurs de taxi, les cow-boys ou truands de casino, les chercheurs d’or ou gigolos, les chefs de projet ou cuisiniers, les prêtres ou fous inspirés, les robots ou ingénieurs, enfin les requins des affaires. Seuls les quatre derniers groupes sont privilégiés. Le rêve futuriste de la science-fiction est plus archaïque que jamais. Et il est en train de se réaliser, à coups de bulle financière et de fusions …

 

Gibson reprend le thème gnostique du rejet du corps.

Case « taille des ouvertures dans de riches banques de données», il est donc un hacker. Puni, il voit son système nerveux endommagé par une myxotonine russe, et c’est la Chute. Dans les bars qu’il fréquentait du temps de sa gloire, l’attitude élitiste exigeait un certain mépris pour la chair. Le corps, c’était de la viande. Case était tombé dans la prison de sa propre chair. »

Gibson a popularisé le cyberspace. Le héros Case, un cow-boy donc, avait «projeté sa conscience désincarnée au sein de l’hallucination consensuelle qu’était la matrice». L’expression « hallucination consensuelle » évoque les univers conditionnés de Philip K. Dick, elle évoque surtout le réseau des réseaux, paramétré pour nous faire vivre une seconde et meilleure vie. « La matrice tire ses origines des jeux vidéo, explique Gibson, des tout premiers programmes holographiques et des expérimentations militaires … une guerre spatiale en deux dimensions s’évanouit derrière une forêt de fougères générées de manière mathématique, démontrant les possibilités spatiales de spirales logarithmiques … le cyberspace est une représentation graphique extraite des mémoires de tous les ordinateurs du système humain … des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit. »

Cet univers algorithmique et non-spatial est dominé par des Modernes, « version contemporaine des grands savants du temps de ses vingt ans … des mercenaires, des rigolos, des techno-fétichistes nihilistes ». Gibson nous fait comprendre de qui ces Modernes sont les héritiers : « Pendant des milliers d’années, les hommes ont rêvé de pactes avec les démons. »

 

Le monde dystopique de Gibson, où l’on est identifié par son code de Turing, est dirigé comme celui de Dick par des multinationales à qui il donne le nom nippon de zaibatsus. Ces derniers, « qui modèlent le cours de l’histoire humaine, avaient transcendé les vieilles barrières. Vus comme des organismes, ils étaient parvenus à une sorte d’immortalité ». Le Neuromancien s’achève par la vision d’une araignée cybernétique qui tisse sa toile pendant le sommeil de tous.

 

L’injustice moderne génère alors ses hérétiques et ses rebelles, les hackers. Les hackers, ou pirates du Web, sont les nouveaux brigands de la société techno-féodale. Sans scrupules et surdoués, ils reproduisent les archétypes des voleurs de Bagdad et des Mandrins d’antan. C’est sans doute pour cela qu’ils sont rarement condamnés sévèrement : ils suscitent trop d’admiration. Ils sont susceptibles d’autre part de pirater les puissants, sociétés, administrations, portails importants, et donc de venger l’internaute moyen. Ils font peur, comme le dieu Loki de la mythologie scandinave qui passe des farces et attrapes au Ragnarok ; car ils peuvent déclencher l’apocalypse virtuelle qui fascine tout le monde et justifient les stocks d’or ou les garde-manger des milices et des paranoïaques.

 

Le hacker représente le dernier bandit de l’histoire, et le premier pirate du cyberspace oligarque (…).

 

Thus Spock Kamasoutra ! Bientôt un livre ésotérique sur la vie sexuelle du capitaine Kirk et votre endoctrinement interplanétaire, lecteurs !

Techno-serfs, hackers et techno-lords

Techno-serfs, hackers et techno-lords

 

Extrait d’Internet, nouvelle voie initiatique, Les Belles Lettres, 2000, traduit en brésilien par l’institut Piaget. Pensez aux campeurs d’Amazon en Ecosse, à la fortune de qui l’on sait, pensez aussi à cette émergence d’un moyen âge sans Dieu auquel on assiste.

 

Si le programme de la nouvelle économie est la l’information pour tout le monde, la réalité est autre. Robert Reich avait déjà remarqué en 1990 que l’informatique ne nourrissait pas son homme. Il distingue une élite et des mainteneurs, chargés de vider ou de recharger les machines. L’assemblage des ordinateurs ne coûte guère non plus, quand il est fait au Mexique ou en Malaisie.

L’externalisation vers les pays les plus pauvres est contemporaine de cette explosion de richesses soudaines concentrée entre les mains de quelques-uns. 85 % de la croissance boursière américaine est restée entre les mains des 1% les plus riches de la population (il ne manquerait plus que cela, que la richesse se répande). En France même, paradis autoproclamé du socialisme, les richesses boursières ont décuplé en dix ans ; et pendant que les médias célèbrent les stock-options et les richesses en papier des créateurs de start-up, ils passent sous silence les difficultés de dix millions de personnes.

L’émergence d’une nouvelle économie techno-féodale qui distingue les information-rich et les information-poor (certes il ne suffit pas de se connecter au réseau et de cliquer pour être information rich) fait les délices des polémistes. Le gourou du management moderne Peter Drucker dénonce cette société qui fonctionne non plus à deux mais à dix vitesses : « Il y a aujourd’hui une attention démesurée portée aux revenus et à la richesse. Cela détruit l’esprit d’équipe. » Drucker comme Töffler, devraient se rappeler que Dante les mettrait au purgatoire en tant que faux devins ; ils font mine de découvrir que la pure compétition intellectuelle génère encore plus d’inégalités que la compétition physique. Les forts en maths deviennent milliardaires, les forts en thème rament, les forts tout court triment. C’est bien pour cela que les peuples dont les cultures symboliques sont les plus anciennes se retrouvent leaders de la Nouvelle Économie.

C’est encore un artiste, un écrivain de science-fiction, qui a le mieux décrit l’e-monde en train d’émerger, et qui disloque les schémas keynésiens archaïques. William Gibson, l’inventeur du cyberspace, imaginait en 1983 une société duale gouvernée par l’aristocratie des cyber-cowboys naviguant dans les sphères virtuelles. La plèbe des non-connectés était désignée comme la viande. Elle relève de l’ancienne économie et de la vie ordinaire dénoncée par les ésotéristes. La nouvelle élite vit entre deux jets et deux espaces virtuels, elle décide de la consommation de tous, ayant une fois pour toutes assuré le consommateur qu’il n’a jamais été aussi libre ou si responsable. Dans une interview diffusée sur le Net, Gibson, qui est engagé à gauche et se bat pour un Internet libertaire, dénonce d’ailleurs la transformation de l’Amérique en dystopie (trois millions de prisonniers, six millions de contrôlés,  quarante millions de travailleurs non assurés …). Lui-même souffre d’agoraphobie cyberspatiale et ne se connecte jamais ; mais il encourage les pauvres, l’underclass, à le faire pour oublier ou dépasser le cauchemar social américain ! Et de regretter que pendant les émeutes de Los Angeles les pauvres ne volassent pas d’ordinateurs, seulement des appareils hi-fi … Semblable à nos intellectuels, Gibson n’admet pas que les pauvres ne veuillent pas leur bien. Une classe de cyber-shérifs obligera sans doute un jour les pauvres et les autres à se connecter pour leur bien. Pour Michael Vlahos, dans la Byte City de l’an 2020 qu’il décrit sur le Web, les castes dirigeantes regrouperont les gens les mieux informés. Ce sont les brainlords.

Viennent ensuite les cyber-yuppies puis les cyber-serfs, le peuple perdu. L’inégalité n’est ici pas dénoncée avec des larmes de crocodiles, elle est au contraire encouragée et célébrée avec cynisme. Pendant longtemps les forts en thème et en maths n’ont pas été riches ; ils le deviennent avec le réseau, la technologie et le néocapitalisme qui ne récompense plus seulement les meilleurs, mais les plus intelligents. C’est à une domination néo-cléricale qu’il faut s’attendre maintenant. Les rois de l’algorithme vont détrôner les rois du pétrole. Les cours de bourse des technos seront plus forts que les cours du brut.

Les malchanceux ont un internaute fameux, Bill Lessard, qui dénonce cette nouvelle pauvreté de la nouvelle économie. Lessard évoque cinq millions de techno-serfs dans la Nouvelle Économie, qui sont à Steve Case ce que le nettoyeur de pare-brise de Bogota est au patron de la General Motors. Dans la pyramide sociale de Lessard, qui rappelle celle du film Blade Runner (le roi de la biomécanique trône au sommet pendant que les miséreux s’entassent dans les rues), on retrouve les « éboueurs » qui entretiennent les machines, les travailleurs sociaux ou webmasters, les « codeurs » ou chauffeurs de taxi, les cow-boys ou truands de casino, les chercheurs d’or ou gigolos, les chefs de projet ou cuisiniers, les prêtres ou fous inspirés, les robots ou ingénieurs, enfin les requins des affaires. Seuls les quatre derniers groupes sont privilégiés. Le rêve futuriste de la science-fiction est plus archaïque que jamais. Et il est en train de se réaliser, à coups de bulle financière et de fusions …

 

Gibson reprend le thème gnostique du rejet du corps.

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Gibson a popularisé le cyberspace. Le héros Case, un cow-boy donc, avait «projeté sa conscience désincarnée au sein de l’hallucination consensuelle qu’était la matrice». L’expression « hallucination consensuelle » évoque les univers conditionnés de Philip K. Dick, elle évoque surtout le réseau des réseaux, paramétré pour nous faire vivre une seconde et meilleure vie. « La matrice tire ses origines des jeux vidéo, explique Gibson, des tout premiers programmes holographiques et des expérimentations militaires … une guerre spatiale en deux dimensions s’évanouit derrière une forêt de fougères générées de manière mathématique, démontrant les possibilités spatiales de spirales logarithmiques … le cyberspace est une représentation graphique extraite des mémoires de tous les ordinateurs du système humain … des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit. »

Cet univers algorithmique et non-spatial est dominé par des Modernes, « version contemporaine des grands savants du temps de ses vingt ans … des mercenaires, des rigolos, des techno-fétichistes nihilistes ». Gibson nous fait comprendre de qui ces Modernes sont les héritiers : « Pendant des milliers d’années, les hommes ont rêvé de pactes avec les démons. »

 

Le monde dystopique de Gibson, où l’on est identifié par son code de Turing, est dirigé comme celui de Dick par des multinationales à qui il donne le nom nippon de zaibatsus. Ces derniers, « qui modèlent le cours de l’histoire humaine, avaient transcendé les vieilles barrières. Vus comme des organismes, ils étaient parvenus à une sorte d’immortalité ». Le Neuromancien s’achève par la vision d’une araignée cybernétique qui tisse sa toile pendant le sommeil de tous.

 

L’injustice moderne génère alors ses hérétiques et ses rebelles, les hackers. Les hackers, ou pirates du Web, sont les nouveaux brigands de la société techno-féodale. Sans scrupules et surdoués, ils reproduisent les archétypes des voleurs de Bagdad et des Mandrins d’antan. C’est sans doute pour cela qu’ils sont rarement condamnés sévèrement : ils suscitent trop d’admiration. Ils sont susceptibles d’autre part de pirater les puissants, sociétés, administrations, portails importants, et donc de venger l’internaute moyen. Ils font peur, comme le dieu Loki de la mythologie scandinave qui passe des farces et attrapes au Ragnarok ; car ils peuvent déclencher l’apocalypse virtuelle qui fascine tout le monde et justifient les stocks d’or ou les garde-manger des milices et des paranoïaques.

 

Le hacker représente le dernier bandit de l’histoire, et le premier pirate du cyberspace oligarque (…).

 

Veillez, lecteurs ! Demain, Nicolas Bonnal, le khan gourou de La Corogne, vous délivre les secrets étalés de la guerre des étoiles !