Victor Hugo et les deux ambitions

 

C’est dans Napoléon le petit, sujet d’actu. Découvrez cette œuvre olympienne chez ebooksgratuits.com (on ne les félicitera jamais assez).

 

 

« Ses partisans le mettent volontiers en parallèle avec son oncle, le premier Bonaparte. Ils disent : « L’un a fait le 18 brumaire, l’autre a fait le 2 décembre ; ce sont deux ambitieux. » Le premier Bonaparte voulait réédifier l’empire d’occident, faire l’Europe vassale, dominer le continent de sa puissance et l’éblouir de sa grandeur, prendre un fauteuil et donner aux rois des tabourets, faire dire à l’histoire : Nemrod, Cyrus, Alexandre, Annibal, César, Charlemagne, Napoléon, être un maître du monde. Il l’a été. C’est pour cela qu’il a fait le 18 brumaire. Celui-ci veut avoir des chevaux et des filles, être appelé monseigneur, et bien vivre. C’est pour cela qu’il a fait le 2 décembre. Ce sont deux ambitieux ; la comparaison est juste. »

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HOMMAGE A POUCHKINE : UNE TRADUCTION REVOLUTIONNAIRE D’EUGENE ONEGUINE !

 

Mon épouse propose une nouvelle traduction de Pouchkine et de son classique Onéguine.

Tetyana a déjà traduit Tzar Saltan qui est sa meilleure vente sur Amazon.fr. Découvrez le film de Ptouchko pour profiter de la splendeur hyperboréenne de ce conte et de ce somptueux classique du cinéma soviétique.

Ici elle a traduit à ma demande Eugène Onéguine. J’ai appris mon peu de russe en lisant Onéguine. Il y a peu de tentations d’audace stylistique dans ces traductions. Mais comme elle est très douée pour la musique, Tetyana a décidé de rendre la musique de Pouchkine et d’Onéguine.

Et cela donne avec un point humoristique en plus :

 

 

« Dans son service noble, impeccable,

Son père ne vivait qu’à crédit,

Donnait trois bals annuellement

Et ruiné il a fini.

Le sort avait gardé Eugene :

D’abord Madame le protégeait,

Ensuite Monsieur la remplaça ;

L’enfant fut vif mais trop charmant.

Monsieur l’Abbé – un pauvre Français,

Pour que l’enfant ne s’exténuât,

En plaisantant tout enseigna,

Sans l’ennuyer par une morale sévère. »

 

Les nouvelles méthodes éducatives sont là :

 

« Pour que l’enfant ne s’exténuât,

En plaisantant tout enseigna,

Sans l’ennuyer par une morale sévère.

Doucement il grondait ses puérilités

Et il le promenait dans le Jardin d’Eté. »

 

Epoque du dandysme, répétition des effets modernes et éducatifs :

 

« Voici, en liberté Onéguine sort,

Une coupe à la dernière mode il porte,

Comme un dandy de Londres il est habillé –

Et enfin il a vu la haute société.

Il savait parfaitement s’exprimer

Et écrire en français ;

Sans effort la mazurka il dansait

Et très aisément il s’inclinait.

Que voulez-vous ? Le monde décida

Qu’il est gentil, qu’il est intelligent. »

 

Voici comment Pouchkine se fout du latin – dans la langue alerte et souple de Tetyana :

 

« Le latin est démodé maintenant,

Et pour vous dire certainement,

Du latin il en savait assez

Pour que les épigraphes soient déchiffrées,

Pour discuter sur Juvénal,

Pour mettre à la fin de sa lettre un vale.

Tant bien que mal il se souvenait

De l’Eneide deux-trois vers.

Il n’avait pas d’envie de fouiller

Toute la poussière chronologique

De nos chroniques historiques :

Mais il gardait dans sa mémoire

Les anecdotes du temps autrui –

De Romulus jusqu’à aujourd’hui »

 

On remplace alors les si ennuyeux classiques par l’économie politique :

 

« Sans avoir la noble passion

Qui ne ménage sa vie que pour les sons,

Il ne savait pas bien distinguer,

Avec toute notre aide, le ïambe de la chorée.

Il invective Homère et Théocrite,

Mais en revanche il lit Adam Smith,

Et il était un économe profond –

C’est-à-dire il donnait son opinion

Comment l’Etat va s’enrichir,

De quoi il vit, pour quelle raison

Il n’avait pas besoin de l’or

S’il possède son simple produit.

Son père ne le comprenait pas

Et ses terrains il hypothéqua. »

 

Cadet de Schopenhauer, Pouchkine est un gentil nihiliste à la façon du Salomon de l’Ecclésiaste, qu’il reprend d’ailleurs. Et cela donne :

 

« Dans le désert où seul Eugène

Pouvait bien apprécier ses dons,

Il n’aimait pas les grandes fêtes

Des maîtres des voisins hameaux.

Il évitait leur causerie bruyante.

Leur discussion toujours prudente

Sur le fauchage et sur le vin,

Sur le chenil, sur leurs parents

Ne brillait pas par le sentiment,

Ni par la flamme poétique,

Ni par la pointe, ni par l’esprit,

Ni par un art heureux de vivre,

Mais le discours de leurs bonnes femmes

Avait encore moins de flamme. »

 

Car Pouchkine ne rate jamais bonnes femmes ! Il n’aime que la jeune fille discrète et romantique.

Une page prodigieuse sur l’arithmétique de notre Fin des Temps – à partir de Napoléon, le 666 de la littérature russe (présent aussi chez Gogol et Tolstoï) :

 

« Mais nous n’avons même pas de l’amitié.

Nous avons détruit tous les préjugés ;

On prend pour les zéros les autres gens

En se prenant pour le « un » sérieusement.

Tous – nous tendons vers Napoléon,

Et les bipèdes créatures, en millions,

Ne sont pour nous que des outils ;

Le sentiment pour nous est une étrange bêtise. »

 

Conditionnement des petites par la poupée ? Le féministe Pouchkine relève déjà :

 

« L’enfant avec une docile poupée

Se préparera sans effort

Pour la décence – la loi du monde,

En répétant d’un air important

Toutes les leçons de sa maman. »

 

Autre envolée exclamative et dénotative :

 

« Malheureux celui qui prévoit

Tout, et dont la tête ne tourne pas,

Qui hait la véritable signification

Des mots, des gestes et des actions,

A qui l’expérience avait glacé son âme

En défendant de s’oublier dorénavant ! »

 

Sur un ton très  shakespearien (le Jacques de Comme il vous plaira bien sûr), cette dénonciation de notre vieillesse à tous :

 

« La vieillesse à lunettes a ses divinations,

Et même au seuil de son inhumation,

Quand tout était perdu irrévocablement ;

Mais c’est égal : l’espoir leur ment

Avec son balbutiement d’enfant. »

 

C’est la Second childishness de Shakespeare bien sûr.

Avant Flaubert ou Duras Pouchkine se moque très bien de nos grandes bouffes :

 

« La foule se presse vers la salle :

Comme un essaim d’abeilles qui vrombit

En passant de la ruche friande dans le champ.

Content du repas de festin,

Un voisin souffle devant l’autre ;

Les dames se mettent au coin du feu,

Dans leur coin les demoiselles chuchotent.

Les tables vertes sont ouvertes :

Le boston appelle les joueurs experts,

Le hombre se destine aux vieillards,

Aussi le whist – connu depuis longtemps… »

 

Un aphorisme hors de pair – avant le légendaire duel de Lenskiy et Eugène :

 

« Ne faut-il pas qu’ils se séparent

À l’amiable ? Mais la haine dans le monde

A une peur horrible de la fausse honte. »

 

Pouchkine entrevoit sa mort dans ce texte de légende (le duel contre Dantès en janvier 37). Il décrit les réelles conséquences de la mort d’un poète :

« Peut-être il était né au moins

Ou pour le bien du monde, ou pour la gloire ;

Et puis sa lyre muette pouvait

Soulever dans les siècles futurs

Le bruit sonnant qui continue.

Peut-être, sur les escaliers mondains

Un grade très haut attendait le poète.

Peut-être, son ombre souffrante

Avait apportait un secret saint

Avec elle, et pour nous

Une voix vivifiante est perdue,

Et l’hymne des temps ne passera pas

À travers le seuil de la tombe,

Avec la bénédiction des peuples. »

 

Comme Chrétien de Troyes Pouchkine change brutalement de personnage. Et il annonce son désintérêt pour la rime, dû à l’âge :

 

« Bien que

J’aime beaucoup mon héros,

Je reviendrai à lui sans doute ;

Une autre chose me préoccupe.

L’âge pousse vers la prose sévère,

L’âge chasse la rime espiègle.

Et je l’avoue en soupirant :

Je lui courrais après plus indolent.

Ma plume n’a plus l’ancienne envie

De noircir les feuilles volantes.

Les différentes et froides rêveries,

Les différents et sévères soucis

Perturbent le repos de mon âme

Et dans le bruit du monde, et en silence. »

 

Belle invocation élégiaque – comme on dit :

 

« O rêves, mes rêves ! Où est votre gentillesse,

Où est votre rime éternelle – la jeunesse ?

Est-il possible que ce soit vrai,

Que sa couronne avait fané ?

Est-il possible qu’en vérité,

Sans fantaisies élégiaques,

Le printemps de mes jours passa

(Avant je le disais en plaisantant) ?

Et il ne reviendra-t-il jamais ?

J’aurai trente ans – est-il vrai ? »

 

Il avait raison du reste. Trente ans c’est la fin de tout. « Tout hussard qui n’est pas mort à trente ans »…

Pouchkine s’amuse même avec la neige  à flocons :

 

« Elle vint, se dispersa ; en flocons

Elle s’accrocha aux branches des chênes ;

Elle se mit en ondulés tapis

Et sur les champs, autour des collines ;

Elle aplanit avec une duveteuse pèlerine

Les rives et la rivière immobile.

Le froid brilla. Nous sommes heureux

Des espiègleries de la mère-hiver.

Seul le cœur de Tanya ne se satisfait.

Elle ne vient pas pour rencontrer l’hiver

Pour respirer la poussière de gel,

Pour se laver les épaules et le sein

Avec la première neige du toit du bain :

Tanya a peur de l’hivernal chemin. »

 

L’hiver est féminin en russe.

J’adore ce trait rapide et râpeux :

 

« Sur une rosse maigre et poilue

Il y a un postillon barbu. »

 

Pouchkine annonce l’arraisonnement technique du monde cent ans avant Heidegger, mais en même temps que Gautier en Espagne (comme dit Buñuel, les deux pays sont frères). Lisez ces vers admirables :

 

« Quand nous étendrons les limites

De notre bonne instruction,

Avec le temps (selon la supputation

Des tableaux justes philosophiques, –

Dans cinq cents ans) le routes, sans doute,

Changeront à l’excès chez nous :

Des grandes chaussées ici et là

Connecteront la Russie en la traversant.

Les ponts en fonte feront un pas

A travers les eaux comme un large arc,

On repoussera les montagnes, on creusera

Sous l’eau les voûtes audacieuses,

Le monde chrétien va établir

Sur chaque station un grand traktir. »

 

Une évocation émouvante, amusée et effrayée du prodigieux destin de  Napoléon (sur lui il ne faut lire que les grands russes et Léon Bloy : l’Ame de Napoléon devenu livre de chevet de Borges) :

 

« Voici, au centre de sa chênaie,

Le château de Pierre. Il est fier

Lugubrement de sa dernière gloire.

Napoléon attendit vainement,

Enivré de son ultime bonheur,

Moscou en génuflexions

Avec les clefs du vieux Kremlin :

Non, ma Moscou ne venait pas

Chez lui avec la tête baissée.

Elle ne préparait ni fête, ni don,

Mais une bonne conflagration

Pour ce héros sans patience.

Plongé dans sa pensée, d’ici

Il regardait la flamme terrible. »

 

On retourne à la vie de salon, la si emmerdante vie de salon :

 

« Puis Tatiana désire prêter l’oreille

Aux causeries, à la conversation des gens ;

Mais tous dans le salon sont occupés

Par des bêtises décousues et vulgaires ;

Ils sont si ternes, si indifférents,

Ils calomnient fastidieusement ;

Dans la sècheresse stérile des mots,

Des cancans, des nouvelles et des questions

Il n’y a pas une seule pensée lucide

En vingt-quatre heures, même par bêtise ;

Et l’esprit langoureux ne sourit pas,

Le cœur ne tremble, même pas par blague.

On ne trouve pas même une drôle de sottise

Dans tes contrées, ô monde vide ! »

 

Un peu de nostalgie amusée : la rime et Apulée !

 

« Jadis, quand dans les jardins du Lycée

Je m’épanouissais paisiblement,

Et quand avec plaisir je lisais Apulée,

Et que je ne lisais jamais Cicéron,

Ces jours-là, dans les secrètes vallées,

Au printemps, quand les cygnes criaient,

Tout près des eaux brillantes dans le silence,

La Muse a commencé à m’apparaître.

Et ma cellule d’étudiant soudain

S’éclaira : la Muse là-dedans

Ouvrit le festin des jeunes lubies,

Elle chanta nos joies enfantines,

Avec la gloire de notre passé

Et les rêveries du cœur passionné. »

 

Il ne faut pas trop désespérer (« l’humour est la politesse du désespoir », dit Boris Vian, qui meurt au même âge que Pouchkine) :

 

« Il serait triste de penser, que la jeunesse

Nous soit donnée en vain,

Que nous la trahissions à chaque moment,

Et qu’elle aussi, elle nous trompait tout le temps ;

Que nos meilleurs désirs et vœux,

Et nos rêveries en toute fraicheur

Se sont putréfiées l’une après l’autre,

Comme les feuilles à l’automne pourri. »

 

Un peu d’application dans le désespoir très contrôlé d’Eugène :

 

« Je suis privé de ça : pour vous

Je traîne au hasard partout ;

Mon jour, mon heure sont mesurés :

Mais je gaspille dans l’ennui en vain

Les jours comptés par le destin.

Ils sont déjà assez pénibles.

Je sais : ma vie atteint sa fin,

Mais pour qu’elle dure encore,

Je dois être sûr dès le matin

Que je vous verrai demain… »

 

On espère que ces extraits de vie vous convainquent…

 

Sources

Tetyana Popova-Bonnal. Eugène Onéguine, Amazon.fr. 15 euros. Edition bilingue bientôt disponible.

 

 

 

 

 

 

 

 

Boris Vian et le dépucelage

 

C’est quand l’Amérique faisait envie ! Les nazis se recyclaient déjà et la libération sexuelle n’avait qu’à bien se tenir !

Et on tuera tous les affreux, les scènes de dépucelage donc, du super-héros cool et sympa, musclé, tanné et qui voulait rester puceau jusqu’à vingt ans, le blondinet !

Hélas, c’est raté et chez notre héros mué en espion à la Leslie Nielsen une Sunday Love (on traduit ?) s’introduit à poêle – dans sa douche toute chaude. L’indécente ! L’impénitente ! Tu vas voir !

 

« Elle s’appuie contre moi et mon dos touche le poussoir de la douche… L’eau nous gicle sur tout le corps et ma peau com-mence à fumer… Je l’embrasse à travers les mille jets qui nous vrillent. Sa main me guide… je la soulève de quelques centi-mètres pour compenser la différence de niveau… elle ne pèse rien dans mes bras… je suis dans un état d’énervement indes-criptible… elle ne veut pas s’écarter d’un millimètre.

– Sunday… C’est dangereux.

Elle ferme les yeux et sourit et elle me traite de sacré idiot et de gourde et de premier communiant et elle me mord la lèvre aussi fort qu’elle peut… Je ne peux plus tenir et je sors de la douche en la portant toujours… Je chancelle dans la pièce, je me prends les pieds dans le tapis et je réussis à atterrir en travers du lit… Elle est toujours vissée à mon corps et elle me force à m’allonger sur le dos…

– Rocky… Laissez-moi vous montrer, si c’est la première fois…

Je me laisse aller… J’essaye de noter mes impressions… Je n’ai pas le moindre regret… Mais ça ne ressemble à rien de ce que je connaissais.

Doux Jésus… C’est encore plus agréable que de manger de l’ananas glacé…

Et le temps passe… comme une lettre à la poste aérienne… »

 

Le temps va passer encore plus vite car la petite salope a deux rivales qui voulaient laisser notre super-héros tranquille jusqu’aux vingt ans. La vache, quelle engueulade ! Le reste est affaire de texte :

 

« Elle claque la porte, se retourne, dégrafe sa robe et ses seins jaillissent à l’air… Évidemment, ça n’a aucun rapport avec ceux de Sunday Love… Je sens comme qui dirait des picotements au creux des lombes… Zut, alors, ça va faire la douzième fois depuis ce matin… il y a un peu d’abus…

– Pas si vite, Mona, proteste Beryl… Laissez-moi le temps de me mettre en tenue…

Mona s’affaire autour de moi… Elle a gardé ses bas et un petit machin en dentelle blonde avec lequel elle les attache… Juste de la même couleur que… enfin, juste de la même couleur, quoi. Elle a chaud et elle sent bon la femme… et le vieux Rocky n’est peut-être pas si crevé qu’il en a l’air. Elle m’enlève ma chemise, me retire mon pantalon… Je me laisse faire… Elle a un peu plus de mal avec mon linge qui accroche…

– Pas de blague, Mona, je vous dis… On va le tirer au sort, glapit Beryl.

Elle non plus n’a plus rien sur le dos… elle a roulé ses bas aux chevilles… Je fais des comparaisons.

– Enfin, dis-je, je ne suis pas un coquetier de foire… »

 

Le reste suit :

 

« Je suis allongé sur le dos… heureusement, sinon, je souffri-rais… et je n’y vois plus rien… Deux mains se posent sur ma poi-trine, deux longues jambes se collent aux miennes… Je suis prêt à hurler tellement c’est douloureux d’attendre comme ça… Et d’un coup, la première des deux s’allonge sur moi… Je la pé-nètre de toutes mes forces… presque immédiatement, elle s’écarte et c’est la seconde qui prend la place… Je tire désespé-rément sur le cordon qui m’attache les mains… il casse… Elle ne s’est aperçue de rien… Au moment où elle va s’éloigner à son tour, mes bras se referment sur elle… Je la tiens d’une main et de l’autre, je réussis à attraper les jambes de la seconde… Je la fais tomber à côté de moi et mes lèvres remontent le long de ses cuisses… jusqu’où je peux aller… J’aime ça… J’aime beaucoup ça… Elles gémissent un peu… tout doucement.

… Le temps passe…

Il passe beaucoup, aujourd’hui… »

 

Oui, le temps passe comme dit Lamartine. On arrive sur l’île du docteur nazi et ce menu freudien (et pas fretin) crée des créatures bonnes à f…, en tout cas pas à hiberner !

Et ça donne ça :

 

« Elle m’entraîne vers les arbres et nous nous séparons dès que nous avons atteint l’ombre. Elle court en m’entraînant par la main. Où est Mike ? Je m’en fous.

Nous roulons dans une herbe épaisse et odorante. Elle est complètement déchaînée.

– Tout de suite, gémit-elle… Tout de suite… je vous en prie…

Zut, si ça va si vite que ça, ce n’est pas drôle. Moi je com-mence à prendre goût aux petites plaisanteries préliminaires et je le lui fais bien voir. Et puis ça repose un peu.

Au bout de trois minutes de sport, je suis forcé de lui mettre ma main en travers de la bouche pour l’empêcher de brailler. Elle se tord comme une anguille coupée en trois. Elle est un peu trop parfaite ; on cherche des reliefs baroques, des anomalies… Rien… Pas le moindre défaut d’aspect. Et tout de même, une consistance assez remarquable.

Allez… Changeons de place… L’herbe, c’est agréable, mais s’allonger sur une jolie peau… ça se défend aussi… Je suis un peu trop lucide… Je voudrais bien perdre la tête…

– Enfin, dis-je, qu’est-ce qu’on vous a appris…

– À obéir au commandement… répond-elle d’une voix entrecoupée.

Ah, non, alors, s’il faut que je lui dise ce que j’attends d’elle… Moi j’ose plus… Et puis j’ai trop d’imagination… et une imagination trop compliquée…

 

Cette fois, je suis fatigué au bout d’une demi-heure… Manque d’entraînement, ou trop d’entraînement à la fois. Elle est complètement inerte pour sa part… Enfin, son cœur bat… C’est toujours ça… »

 

Oui… C’est toujours ça…

Le Candide de Voltaire et la résistance à la matrice

 

Un lecteur catholique me demande bien gentiment comment résister à la matrice. La réponse est simple : couper sa télé, retirer l’argent de la banque, cultiver son jardin comme sa famille, faire des enfants quand on le peut, bref se réconcilier avec la réalité de terrain, car elle existe encore, sauf pour Baudrillard qui regardait trop la télé.  Le système ne doit pas être combattu ; il est assez grand pour ça rappelle Philippe Grasset, il bouillonne dans son autodissolution imbécile. Il faut aussi maîtriser son accès au web et ne pas se laisser démoraliser par certains sites antisystèmes qui deviennent pires que le système. Pour le système la manipulation du catastrophisme antisystème est excellente pour décourager les gens et les manipuler. Dans mon livre sur Tolkien j’ai souvent insisté sur le père de Sam le jardinier qui ignore le grand combat que lui explique mal son fils et cherche à protéger ses patates et ses salades. Car l’important est là.

Comme il a raison !

Mais Voltaire nous avait tout dit dans son immortel et scolaire Candide à l’issue d’un voyage mondialiste bien terrifiant (ceux qui se plaignent feraient bien de relire le conte et le récit de la vieille par exemple).

On écoute ce maître qui, disait Borges, écrit la plus belle prose du monde :

 

« Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss, Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d’orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu’on venait d’étrangler. »

 

Après le coup de génie dans la simplicité :

« Je n’en sais rien, répondit le bonhomme, et je n’ai jamais su le nom d’aucun muphti ni d’aucun vizir. J’ignore absolument l’aventure dont vous me parlez ; je présume qu’en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent ; mais je ne m’informe jamais de ce qu’on fait à Constantinople ; je me contente d’y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. »

 

L’étendue de la terre importe peu. Ce qui importe c’est le travail familial :

 

« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? Je n’ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin. »

 

Il faut cultiver son jardin, ajoute Candide dans une phrase peu comprise (et appliquée).

Et il faut refuser l’information industrielle. La Bruyère traduisant Théophraste, auteur des caractères et disciple grec d’Aristote, écrit dans ses caractères :

 

« De là il se jette sur ce qui se débite au marché, sur la cherté du blé, sur le grand nombre d’étrangers qui sont dans la ville ; il dit qu’au printemps, où commencent les Bacchanales, la mer devient navigable ; qu’un peu de pluie serait utile aux biens de la terre, et ferait espérer une bonne récolte ; qu’il cultivera son champ l’année prochaine, et qu’il le mettra en valeur ; que le siècle est dur, et qu’on a bien de la peine à vivre. »

 

Le bon chrétien rajoutera à ces trois classiques notre bon Cassien qui nous explique comment résoudre nos problèmes psychologiques en temps de guerre ou de paix : voyez mon livre à ce sujet.

 

Bibliographies

 

Voltaire – Candide

Cassien – Institutions

Bonnal – Les secrets de Cassien (Amazon.fr)

La Bruyère – Caractères

 

Flaubert et ma fin du monde interminable

Flaubert et ma fin du monde interminable (correspondance, mars-avril 1853) : « De quelque côté qu’on pose les pieds on marche sur la merde. Nous allons encore descendre longtemps dans cette latrine. »

 

« Je comprends depuis un an cette vieille croyance en la fin du monde que l’on avait au moyen âge, lors des époques sombres. Où se tourner pour trouver quelque chose de propre ? De quelque côté qu’on pose les pieds on marche sur la merde. Nous allons encore descendre longtemps dans cette latrine. On deviendra si bête d’ici à quelques années que, dans vingt ans, je suppose, les bourgeois du temps de Louis−Philippe sembleront élégants et talons rouges. On vantera la liberté, l’art et les manières de cette époque, car ils réhabiliteront l’immonde à force de le dépasser. »

 

Ce passage sans rire :

 

« Chère amie, il y a, partant de Paris, des trains qui partent à 11 heures, midi et 4 h 25 du soir et qui arrivent à 1 heure, 1 h 50 et 6 h 15, et ceux partant de Rouen sont à 10 h 35, 1 h 25 et 4 h 15.

Celui qui me conviendrait le plus serait celui de 1 h 25

(express). Mais, comme il arrive à 3 h 39 à Mantes, cela te ferait attendre deux heures (en prenant, toi, celui qui part à midi). Il vaut mieux que je parte à 10 heures et demie et toi à 11 heures précises. Tu seras arrivée à 1 heure juste et moi à 1 h 15. Ainsi c’est convenu, prends le train de 11 heures. Tu auras seulement un quart d’heure à m’attendre…

 

…Ah ! les tyrannies ont cela de bon qu’elles réalisent

au moins bien des vengeances impuissantes. Je suis si

harassé par la bêtise de la multitude que je trouve justes tous les coups qui tombent sur elle. »

Pourquoi il faut censurer l’affreux Céline en pleine forme (extraits)

 

 

On encourage nous aussi Gallimard (voyez notre livre et notre relation avec Simone G.) à ne pas publier ce monstre noir et rouge-brun :

 

« Il fabrique aussi bien son beurre dans les monarchies nordiques que dans les Kominterns kalmouks ou dans les Loges du Mexique. Il est à son aise partout pourvu que ce soit lui qui commande, abandonne jamais les ficelles.

Il chante la chanson qu’on voudra, dansera sur toutes les musiques, gigottant avec les singes, hurlant avec les pauvres loups, zigzaguant avec les serpents, imitant tous les animaux, toutes les races, tous les passeports, pourvu que ce soit lui qui commande.

C’est un mimétique, un putain, il serait dissous depuis longtemps à force de passer dans les autres, s’il avait pas l’avidité, mais son avidité le sauve, il a fatigué toutes les races, tous les hommes, tous les animaux, la Terre est maintenant sur le flanc, rendue par ses tripatouillages, il est pas encore rassasié, il emmerde toujours l’Univers, le Ciel, le Bon Dieu, les Étoiles, il veut tout, il veut davantage, il veut la Lune, il veut nos os, il veut nos tripes en bigoudis pour installer au Sabbat, pour pavoiser au Carnaval. Il est fol, à lier complètement, c’est qu’un absurde sale con, un faux sapajou hystérique, un imposteur de ménagerie, un emmerdant trémousseux, crochu hybridon à complots. Il nous escorte c’est le malheur, c’est le monstre qui colle, l’Horreur chez soi, il est monté dans la nef à la place d’un vrai animal. »

 

A transmettre à Paul Craig Roberts contre ses néocons.

Comme vous ne le lirez pas chez Gallimard avec une préface de 200 pages pour le conspuer légitimement et doctoralement, téléchargez-le à volonté sur Google. On remercie aussi Amazon.fr et le Deep State US de nous avoir publiés.

 

Nicolas Bonnal – Le pacifiste enragé (Amazon.fr)

Explosion du nombre de lecteurs américains de Nicolas Bonnal. Normal : un éléphant, ça « Trump » énormément !

http://www.pravdareport.com/society/stories/04-12-2012/123020-edgar_poe_american_society-0/

Et un peu de Washington Irving :

Pour nos américains, Washington Irving et le déclin de Noël vers 1830…

Many of the games and ceremonials of Christmas have entirely disappeared, and, like the sherris sack of old Falstaff, are becoming matters of speculation and dispute among commentators. They flourished in times full of spirit and lustihood, when men enjoyed life roughly, but heartily and vigorously: times wild and picturesque, which have furnished poetry with its richest materials, and the drama with its most attractive variety of characters and manners.

The world has become more worldly. There is more of dissipation and less of enjoyment. Pleasure has expanded into a broader, but a shallower stream, and has forsaken many of those deep and quiet channels, where it flowed sweetly through the calm bosom of domestic life. Society has acquired a more enlightened and elegant tone; but it has lost many of its strong local peculiarities, its homebred feelings, its honest fireside delights. The traditionary customs of golden-hearted antiquity, its feudal hospitalities, and lordly wassailings, have passed away with the baronial castles and stately manor-houses in which they were celebrated. They comported with the shadowy hall, the great oaken gallery, and the tapestried parlor, but are unfitted for the light, showy saloons and gay drawing-rooms of the modern villa.