« C’était compter sans la stupidité de Poutine. » Le colonel Goya remet comme Craig Roberts ou Strategika51 l’offensive russe à sa place : « la guerre a finalement eu lieu, ainsi que ses conséquences négatives pour celui qui l’a déclenchée que ce soit localement par la résistance inattendue des Ukrainiens y compris dans la partie russophone ou internationalement avec des sanctions d’une ampleur inédite. On a même vu l’apparition de véritables miracles comme la décision allemande de fournir des armes. Tout s’est donc passé finalement comme prévu, c’est-à-dire mal pour la Russie, et le plus extraordinaire est que tout le monde l’avait plus ou moins anticipé sauf Poutine lui-même. Celui que l’on présentait, surtout ses fans, comme un brillant joueur d’échecs apparaîtra comme le plus piètre stratège de l’histoire russe égal peut-être à Staline décidant d’attaque la Finlande en 1940 ou de Brejnev engageant son armée en Afghanistan fin 1979. Deuxième erreur : la surestimation de l’armée russe… »

L’analogie la plus proche d’une attaque générale contre l’Ukraine me paraissait être l’hypothèse des années 1980- appelons-la « Tempête rouge » – d’une attaque de la République fédérale allemande par les forces soviétiques en RDA, attaque suffisamment rapide (quelques jours) pour conquérir la RFA avant que les instances dirigeantes de l’Alliance atlantique ne puissent décider de l’emploi de l’arme nucléaire. A la surprise générale, les cinq armées soviétiques en RDA ont finalement bien bougé, mais pour retourner en URSS juste avant que celle-ci ne disparaisse. Les dirigeants soviétiques n’ont jamais tenté ce pari fou qui de toute façon aurait échoué au regard de l’état réel de l’armée soviétique que nous découvrions alors. Quelques années seulement après s’être demandé comment les forces réunies de l’OTAN pourraient arrêter l’armée rouge en Allemagne, la même armée rouge était mise en échec piteusement dans la petite ville de Grozny par quelques milliers de fantassins tchétchènes.

Les guerres de Poutine, seconde guerre de Tchétchénie, attaque de la Géorgie, saisie de la Crimée, offensives d’août 2014 et janvier 2015 dans le Donbass, Syrie, étaient en revanche des succès qui rentraient dans l’épure surprise ou masse, pourvu que ce soit sans grands risques de défaite sur place et/ou de réactions internationales. L’idée d’une « tempête rouge » sur l’Ukraine en 2022 apparaissait comme dans les années 1980 comme beaucoup trop incertaine et dangereuse pour rester dans cette épure. Elle paraissait donc très improbable.

J’expliquais au moment de la mobilisation des forces russes qu’un élément important à observer serait la mise en place d’hôpitaux de campagne et de banques de sang. Ce sont des ressources précieuses que l’on ne déploie pas dans les exercices, mais seulement lorsqu’on envisage réellement de perdre du sang. Ces banques de sang sont finalement apparues quelques jours avant la guerre. Cela m’a placé devant un dilemme, presque une dissonance cognitive, entre le critère évident d’une guerre décidée et l’idée que celle-ci serait beaucoup trop risquée pour celui que la déciderait. Quelques jours avant la guerre, je persistais finalement à n’estimer la probabilité de la guerre qu’à 40 %, avec 30 % pour une opération limitée au Donbass et à 10% pour une attaque générale, avec une tendance quand même à la hausse. C’était compter sans la stupidité de Poutine. 

La guerre a finalement eu lieu, ainsi que ses conséquences négatives pour celui qui l’a déclenchée (et surtout les soldats et les populations) que ce soit localement par la résistance inattendue des Ukrainiens y compris dans la partie russophone ou internationalement avec des sanctions d’une ampleur inédite. On a même vu l’apparition de véritables miracles comme la décision allemande de fournir des armes. Tout s’est donc passé finalement comme prévu, c’est-à-dire mal pour la Russie, et le plus extraordinaire est que tout le monde l’avait plus ou moins anticipé sauf Poutine lui-même. Celui que l’on présentait, surtout ses fans, comme un brillant joueur d’échecs apparaîtra comme le plus piètre stratège de l’histoire russe égal peut-être à Staline décidant d’attaque la Finlande en 1940 ou de Brejnev engageant son armée en Afghanistan fin 1979.

Deuxième erreur : la surestimation de l’armée russe. Le problème est finalement le même. L’accumulation des victoires citées plus haut et plus particulièrement celles 2014 et 2015 m’ont trompé. Dans ces deux offensives dans le Donbass, similaires à une échelle très réduite de celles du 24 février dernier, les groupements tactiques russes ont nettement dominé les forces ukrainiennes leur infligeant même deux défaites cinglantes à Ilovaïsk et Debaltseve. Compte tenu du fait également que les Russes bénéficieraient également de la supériorité aérienne, il apparaissait logique que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Cela n’a pas été le cas, car en réalité les causes n’étaient pas les mêmes. Il y a des détails conjoncturels, comme la raspoutitsa limitant la manœuvre aux routes ou les restrictions d’emploi initiales de l’artillerie, l’arme préférée des Russes, et de la puissance aérienne. Tout cela facilitait une défense, qui se révélait par ailleurs beaucoup plus dure que prévu et s’appuyant, à la différence de 2014-2015, sur des villes. Mais le problème principal et sous-estimé était structurel. Toutes les opérations précédentes évoquées étaient limitées et les Russes avaient pu s’appuyer sur des unités d’élite, comme les parachutistes, ou sélectionnées avec par ailleurs une concentration des moyens logistiques. Cette fois les choses se passent en beaucoup plus grand. C’est même la plus grande opération militaire russe depuis 1945, et d’un seul coup les failles cachées apparaissent. L’armée russe a été incapable d’organiser correctement une opération de cette ampleur. Cela paraît extraordinaire alors qu’elle conduit régulièrement de grands exercices, mais il est vrai que les exercices se déroulent sans ennemi véritable. Cette fois, c’est la guerre, et les choses sont très différentes.

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2022/03/erreurs.html

6 réflexions sur « « C’était compter sans la stupidité de Poutine. » Le colonel Goya remet comme Craig Roberts ou Strategika51 l’offensive russe à sa place : « la guerre a finalement eu lieu, ainsi que ses conséquences négatives pour celui qui l’a déclenchée que ce soit localement par la résistance inattendue des Ukrainiens y compris dans la partie russophone ou internationalement avec des sanctions d’une ampleur inédite. On a même vu l’apparition de véritables miracles comme la décision allemande de fournir des armes. Tout s’est donc passé finalement comme prévu, c’est-à-dire mal pour la Russie, et le plus extraordinaire est que tout le monde l’avait plus ou moins anticipé sauf Poutine lui-même. Celui que l’on présentait, surtout ses fans, comme un brillant joueur d’échecs apparaîtra comme le plus piètre stratège de l’histoire russe égal peut-être à Staline décidant d’attaque la Finlande en 1940 ou de Brejnev engageant son armée en Afghanistan fin 1979. Deuxième erreur : la surestimation de l’armée russe… » »

      1. Je ne sais pas faire de géopolitique, mais c’est la première fois que j’ai le sentiment que les analyses sont guidées par la peur d’un conflit qui deviendrait nucléaire.
        D’autre part, ce conflit profite aux mondialistes, en ce sens que le monde occidental , du moins les cerveaux pensants, se préoccupent énormément du sujet, alors qu’ils devraient penser à élaborer des stratégies qui nous permettraient de nous libérer de ces maléfiques mondialistes, déjà dans notre propre pays, Pour le moment, les mondialistes sont assez gagnants grâce à cette intense diversion..
        Une question : comment Poutine pouvait-il faire autrement, alors qu’il a déjà su patienter pendant huit années. Ne risquait-il pas de perdre son accès à la mer noire?
        Pendant ce temps, la France sombre : Bientôt la vaccination obligatoire pour des enfants qui deviendront stériles grâce à « l’attrait de la protéine spike pour les organes sexuels » Puis l’orchestration des pénuries avance à petits pas pour nous habituer avant les grands manques. Et au final, la dictature verte et vaccinale va nous culpabiliser de vivre etc..etc.. etc..

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  1. Je ne crois pas que cela soit si stupide que ça. Ici, tout le monde approuve, à part les libéraux, et les sanctions paraissent aux gens l’occasion de reprendre leur pays en mains, on a fait une chanson sur les « élites » qui se carapatent. De plus, on ne voit pas très bien comment il aurait pu admettre une attaque massive du Donbass, la nuclérisation de l’Ukraine, qu’il trouve farcie de laboratoires d’armes biologiques par dessus le marché. Je soupçonne, mais je ne suis pas un expert, je dis ça au feeling, que lui et son équipe ont avalé des couleuvres pendant des années en faisant semblant et en préparant leur opération, peut-être ont-ils eu quelques surprises, mais à mon avis, ils ont dû bien étudier la question. De plus ils font tomber plein de masques, et la détestation de la mafia qui s’est emparée de l’occident est immense chez tous ceux qui en ont subi les exactions. Et en Russie même, on dirait qu’il va envoyer promener tout le cirque libéral, à commencer par le covid.

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    1. Il peut aussi renforcer cette mafia comme vous dites Laurence, surtout chez nous. Je trouve des critiques sur le plan militaire (Strategika, Craig Roberts), pas politique. Ceci dit les ukrainiens haïssent cette intervention, et Saker le reconnaît sur sa page aujourd’hui. Et on ne voit pas en quoi l’OTAN sort affaibli de cette histoire ; au contraire, elle affaiblit les nôtres cette intervention.

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